Objectifs pédagogiques
- Connaître le principe et les modalités de réalisation d’une coloscopie en immersion
- Connaître ses indications
- Connaître ses performances diagnostiques par rapport à une coloscopie standard
L’auteur déclare n’avoir aucun conflit d’intérêt en lien avec sa présentation
Coloscopie ; Eau ; Qualité
Non communiquées
Depuis 1984, il est décrit que l’adjonction d’eau facilite le passage du colon sigmoïde (1). La coloscopie assistée par l’eau a été utilisée ensuite pour améliorer la tolérance lorsqu’elle est réalisée sans anesthésie générale. L’eau est instillée pour faciliter l’avancée du coloscope en évitant les boucles, la progression peut se finir à l’air. L’eau est aspirée au retrait, elle est appelée « water immersion » dans la littérature (2). Le Dr Leung a proposé de faire évoluer la technique en décrivant la coloscopie par « water exchange » (3) : en lavant et aspirant continuellement lors de la progression, on remplace complètement l’air et les résidus par de l’eau claire. Le principe est de progresser dans un côlon entièrement immergé et limpide mais non distendu jusqu’au cæcum. L’insufflation n’est utilisée qu’au retrait pour l’analyse de la muqueuse. L’utilisation de l’eau facilite la progression, le lavage améliore les performances diagnostiques.
Le franchissement du côlon sigmoïde est un moment clé lors de la progression en coloscopie. Il est mobile et forme une boucle physiologique sujette à de nombreuses variations anatomiques. L’insufflation et la progression d’un endoscope rigide au sein des parties mobiles du côlon accentuent les boucles, étirent la paroi et entraînent inconfort et augmentent le risque de perforation. L’idéal est donc de progresser en prévenant la formation de ces boucles.
En décubitus latéral gauche, l’ascension de l’air ou du CO2 au-dessus du liquide accentue cette boucle sigmoïdienne (figures 1 et 2). Le fait de remplacer tout gaz par de l’eau permet, grâce à la gravité, de maintenir cette boucle sigmoïdienne vers le bas. Le sigmoïde devient rectiligne, son franchissement est plus aisé et le poids de l’eau évite que la boucle se reforme.

Figure 1 : Boucle sigmoïdienne alpha remplie d’air

Figure 2 : Boucle sigmoïdienne alpha remplie d’eau
On utilise préférentiellement de l’eau bactériologiquement maîtrisée à température ambiante (4) dans un contenant réutilisable, que l’on instille à l’aide d’une pompe à lavage (5). Bien qu’il n’y ait pas de limite de volume, il faut en moyenne 800 ml d’eau pour réaliser une coloscopie complète à l’eau.
Après avoir coupé la pompe d’insufflation et après avoir aspiré l’air et résidus dans le rectum, on se positionne au niveau de la charnière recto sigmoïdienne. On introduit alors de l’eau puis on progresse doucement vers la convergence des plis. Il faut mettre suffisamment d’eau pour permettre le passage de l’endoscope tout en aspirant le surplus dès qu’une distension est constatée. En l’absence de lumière visible les mouvements de rotation et de retrait vont permettre l’ouverture des angles et la prévention des boucles. Tout au long de la progression les poches d’air sont aspirées et l’eau teintée est remplacée par de l’eau claire. Les matières adhérentes sont décollées puis aspirées sous l’eau. La progression peut nécessiter appui abdominal et changements de position comme pour toute coloscopie. La sémiologie endoscopique est modifiée par l’immersion (figures 3 à 7 : fossette appendiculaire, valvule iléo-cæcale, orifices diverticulaires, polypes) mais reste simple. Le retrait se fait en insufflation après avoir aspiré l’eau résiduelle.

Figure 3 : Orifices diverticulaires

Figure 4 : Adénome en immersion

Figure 5 : Polype hyperplasique en immersion

Figure 6 : valvule iléo cæcale

Figure 7 : Fossette appendiculaire
Il faut 50 cas en autonomie pour acquérir la technique (7). La durée totale de procédure est allongée seulement de 2 minutes en moyenne (2).
Il s’agit de la technique de référence pour l’exploration des patients non sédatés. L’utilisation de l’eau diminue les douleurs et permet d’obtenir un meilleur taux d’intubation caecale que la coloscopie à l’air (2).
La coloscopie en « water exchange », c’est-à-dire en s’astreignant à laver et aspirer pour ne laisser dans le côlon que de l’eau claire en quantité suffisante pour la progression permet d’améliorer la qualité de la coloscopie. Lorsqu’on compile dix-sept études prospectives randomisées dans une méta analyse, on retrouve un taux de détection d’adénome à 41,7 % alors qu’il est de 34,4 % si on utilise uniquement l’eau pour progresser dans le sigmoïde (« water immersion ») et 30,2 % en cas de coloscopie à l’air. La coloscopie en « water exchange » a un taux de détection d’adénome significativement supérieur à celui de la coloscopie en « water immersion » avec un odds ratio à 1,31 IC 95 % [1,12-1,55] et également supérieur à celui de la coloscopie à l’air avec un odds ratio à 1,40 IC 95 % [1,22-1,62]. Ces différences se retrouvent dans le côlon droit et pour les lésions festonnées (6).
La coloscopie en « water exchange » facilite la progression, augmente la sécurité et améliore la performance diagnostique sans surcoût ; elle est devenue la méthode de référence de l’exploration colique.
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