Objectifs pédagogiques
- Connaître les critères qualité d’une endoscopie haute
- Savoir identifier les lésions superficielles
- Savoir les caractériser
- Savoir proposer le traitement adapté
- Connaître les modalités de surveillance
L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt en rapport avec sa présentation.
Endoscopie œso-gastro-duodénale ; polype gastrique ; caractérisation
EOGD : endoscopie oeso-gastro-duodénale
ESGE : Euopean Society of GastroIntestinal Endoscopy
ASGE : American Society of GastroIntestinal Endoscopy
SFED : Société Francaise d’Endoscopie Digestive
NBI : Narrow Band Imaging
BLI : Blue Laser Imaging
TNCD : thésarus national de cancérologie digestive
GIST : gastrointestinal stromal tumor
TNE : tumeur neuroendocrine
L’endoscopie œso-gastro-duodénale (EOGD) est un examen fréquemment pratiqué, essentiel pour la détection des maladies digestives hautes, notamment les lésions gastriques. Des recommandations en matière de qualité ont été établies ces dernières années par l’ESGE, l’ASGE et plus récemment la SFED (1), dans le but d’améliorer les performances de cet examen et d’assurer une amélioration continue des pratiques en gastro- entérologie au service des patients.
De la même manière que pour les cancers colorectaux « d’intervalle », plusieurs études ont révélé que certaines lésions sont « manquées » lors d’une EOGD. Une méta-analyse portant sur 3 787 patients a montré un taux de cancers non détectés de 6,4 % pour les patients ayant subi une endoscopie dans l’année précédant le diagnostic de cancer œso-gastrique, et de 11,3 % pour ceux ayant eu une endoscopie dans les trois années précédant ce diagnostic (2). Ces résultats soulignent l’importance d’élever les standards de qualité pour les EOGD dans la pratique clinique.
On traitera dans ce chapitre les lésions superficielles gastriques telles que toute lésion tumorale visible dans l’estomac, et donc individualisable lors d’une EOGD.
Les lésions inflammatoires (gastrite, ulcère, etc.) et les lésions vasculaires (ectasies vasculaires, varices, angiodysplasies, etc.) ne seront pas traitées.
Les polypes gastriques sont des lésions tissulaires intra gastriques se développant dans la lumière digestive. Ils arborent tout type de développement, pédiculé́, sessile, de taille variable de quelques millimètres à plus de 10 cm dans de rares cas. Les polypes gastriques sont de nature hétérogène, mais la plupart (> 90 %) sont découverts de façon fortuite. Leur fréquence lors de la réalisation d’une endoscopie est estimée de 2 à 6 % selon les études des pays occidentaux. La majorité́ de polypes (> ~85 %) est de nature bénigne. Le risque de malignité́ ou d’évolution maligne des polypes gastriques est étroitement dépendant de leur nature et celui-ci est dominé par les adénomes (5, 6). Leur répartition a été largement modifiée ces 20 dernières années par l’introduction et la prescription massive dans les pays occidentaux des IPP, et par le dépistage étendu et l’éradication d’Helicobacter Pylori (HP). Ces changements favorisent le développement des polypes glandulo-kystiques devenus largement majoritaires, notamment en Amérique du Nord (6).
Majoritairement sporadiques, leur localisation est fundique, de petite taille (1 à 7 mm), souvent unitaires ou en faible nombre, de forme arrondie avec un aspect légèrement translucide en surface. Plus rarement, ils apparaissent sous forme de « pseudo grappe » avec un pédicule et dans les formes syndromiques, les PGK peuvent former un tapis de polypes fundiques de plus d’une centaine d’unités. Le développement de ces lésions dans un cadre sporadique est significativement lié à la prise d’IPP et à sa durée (7). Dans sa forme syndromique, la polypose adénomateuse familiale (PAF) est probablement la maladie génétique la plus fréquente. Ils sont aussi décrits dans des formes génétiques moins fréquentes telles que la GAPPS (Gastric adenocarcinoma and proximal Polyposis of the Stomach), et la polypose liée à la mutation de MUTYH. Le risque de transformation néoplasique des formes sporadiques n’est pas nul, mais très faible, ne justifiant pas de surveillance particulière. Dans le cadre des maladies génétiques, l’endoscopie de surveillance recherche particulièrement une modification d’aspect, telle qu’une ulcération, ou un caractère hétérogène. En cas de doute, la résection de la lésion est recommandée.
Les polypes hyperplasiques sont également le plus souvent sporadiques, et plutôt localisés dans l’antre (mais également retrouvés dans le fundus et le cardia). Ils sont souvent infra centimétriques mais peuvent parfois atteindre plusieurs centimètres et exceptionnellement plus de 10 cm. Ils sont le plus souvent uniques mais peuvent être multiples dans 15 % des cas. Ils sont souvent sessiles, parfois pédiculés avec un pied court et une base d’implantation qui peut être très large. Leur tête est lobulée, arrondie, souple sous la pince, facilement hémorragique après biopsie. L’aspect superficiel présente des motifs cérébriformes parfois allongés, réguliers, et on trouve fréquemment une ulcération au sommet ou un enduit fibrineux en rapport avec des phénomènes de frottement. Toutes les pathologies induisant des lésions inflammatoires chroniques de la muqueuse gastrique sont pourvoyeuses de polypes hyperplasiques. Le risque de transformation néoplasique est réel mais avec une fréquence variable d’une étude à l’autre. Dans une étude récente en population française sur 144 polypes hyperplasiques réséqués, 10,4 % des polypes réséqués contenaient de la dysplasie et 2 % de la dysplasie de haut grade ou du cancer (9). Les facteurs de risque de transformation en analyse multivariée était la présence de métaplasie intestinale et une taille supérieure à 25 mm. Par ailleurs, il semble exister une entité́ spécifique de polypes hyperplasiques dans le cadre de l’hypertension portale avec cirrhose (9). Ils présentent une forte tendance à la récidive, dans 40 à 79 % des cas, ce qui, pour ce cas particulier, doit conduire à la prudence et à éviter une attitude de résection systématique.
En pratique, il est recommandé d’effectuer un examen endoscopique minutieux des polypes hyperplasiques et de la muqueuse gastrique adjacente à risque et de faire des biopsies en rapport. La présence d’HP est recherchée et traitée.
Compte tenu du faible risque de dégénérescence des polypes hyperplasiques infra centimétriques, leur résection n’est pas recommandée. En cas de persistance d’un polype hyperplasique supra centimétrique à 3 mois de l’éradication d’HP, la prise en compte du terrain est essentielle :
Les hamartomes gastriques sont rares, très difficiles à distinguer histologiquement des polypes hyperplasiques avec lesquels ils partagent la même morphologie (10). En effet, dans les hamartomes intestinaux, on retrouve un aspect de prolifération de la musculaire muqueuse sous forme d’arborescence, qui est beaucoup moins marqué voire absent dans les hamartomes gastriques : seule la prolifération d’épithélium fovéolaire persiste, comme dans les polypes hyperplasiques.
Les hamartomes gastriques sont rarement sporadiques (et dans ce cas souvent uniques). Ils sont plus souvent intégrés à une polypose, et dans ce cas, multiples : les maladies génétiques sont la polypose juvénile, le syndrome de Cowden, le syndrome de Peutz-Jeghers. Dans ces situations, ces polypes peuvent atteindre une taille significative et même causer des situations d’occlusion. Leur transformation est rare, relatée dans quelques cas publiés, plus fréquente en cas de pathologie génétique, en particulier dans le syndrome de Peutz-Jeghers.
En pratique, en cas de polype hamartomateux unique, l’identification histologique sera difficile et on peut proposer la même conduite à tenir que pour les polypes hyperplasiques : biopsies de la muqueuse gastrique périphérique, biopsies de la lésion si <10 mm, résection si > 10 mm, et surtout si > 20 mm. En cas de multiplicité des polypes, il faut savoir évoquer les maladies génétiques possibles et connaitre leurs phénotypes pour les identifier, puis proposer au patient une consultation de génétique et une prise en charge et surveillance adaptées au diagnostic génétique, ainsi qu’un dépistage des apparentés.
Les adénomes gastriques sont des lésions pré-cancéreuses au même titre que les adénomes coliques. Leur taille varie de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Ils se développent majoritairement dans l’antre et sur 3 terrains : gastrite auto-immune, gastrite atrophique liée à HP, ou dans le cadre de maladie génétique syndromique. Leur prévalence est variable en fonction des régions du globe (de 3 à 25 %), nettement plus importante en Asie qu’en Europe ou Amérique du Nord (6).
Leur aspect endoscopique est similaire aux adénomes coliques avec une morphologie devant être appréciée selon la classification de Paris. L’examen endoscopique en lumière blanche et en chromoendoscopie virtuelle (NBI ou BLI) est recommandé (4). Il s’attache à rechercher des zones de dysplasie (dyschromie, architecture glandulaire irrégulière, zone pseudo nodulaire) et surtout des arguments pour un cancer (disparition de la trame vasculaire, zone ulcérée). Les biopsies risquent de sous-estimer le degré de dysplasie, les zones les plus suspectes peuvent être biopsiées avec parcimonie pour ne pas compromettre une résection endoscopique. En cas de doute, et en l’absence de critères d’infiltration profonde, il est préférable d’adresser le patient en centre expert pour une résection préférentiellement en monobloc, soit par mucosectomie si la lésion est inférieure à 2 cm, soit par dissection dans les autres cas.
Parallèlement à la résection, la recherche et l’éradication d’HP sont nécessaires pour éviter l’apparition de cancers métachrones (11). Enfin, une surveillance endoscopique ultérieure annuelle est impérative, compte tenu du risque de cancer métachrone, quasi-identique entre les patients ayant eu une résection d’adénome ou de cancer superficiel (12).
Ce sont des lésions rares de l’estomac. Leur prévalence est estimée entre 0,3 et 7 % en fonction des études et des populations (13). Décrits préférentiellement dans l’antre, ils sont asymptomatiques. Leur aspect macroscopique correspond à des lésions blanchâtres ou ocres planes ou avec un léger relief, arrondies, de quelques millimètres à une dimension centimétrique. Ils pourraient être considérés comme un élément prédictif de l’apparition d’un cancer, impliquant la nécessité d’une surveillance endoscopique régulière (13).
Les polypes fibroïdes, ou fibro-inflammatoires (également nommés tumeurs de Vanek) sont des lésions rares du tractus digestif (1 %). Ils se développent sur le versant sous muqueux et sont donc recouverts d’une muqueuse gastrique normale. Ils peuvent également prendre un aspect pseudo tumoral ulcéré. La localisation la plus courante est antrale. Leur identification est difficile en endoscopie en raison de leur aspect de lésion sous muqueuse. Les biopsies en surface sont souvent non contributives, ne notant qu’une muqueuse gastrique inflammatoire. La résection est souvent nécessaire en raison des difficultés diagnostiques ou en cas de symptômes de type hémorragie ou occlusion sur des lésions de grande taille obstruant le pylore.
Les GIST gastriques représentent 80 % des tumeurs mésenchymateuses gastriques et peuvent s’identifier sous la forme de polype car bombant parfois dans la lumière gastrique. Il s’agit quasiment toujours de lésions uniques, semi-sessiles, avec des contours plutôt réguliers, de distribution aléatoire dans la topographie gastrique. La muqueuse recouvrant la lésion est normale, mais il peut également être observé une ulcération, à l’origine d’épisodes hémorragiques. Leur diagnostic ne peut être fait simplement par l’aspect endoscopique endoluminal, et doit nécessiter d’autre examens dont l’échoendoscopie. Leur prise en charge spécifique est décrite dans le TNCD.
On peut trouver également d’autres tumeurs d’origine mésenchymateuse telles que le léiomyome, et plus rarement schwannome ou encore sarcomes. L’aspect endoscopique sera relativement similaire à celui d’une GIST, et ne permet donc pas de trancher en faveur d’un diagnostic qui ne peut aboutir qu’après réalisation d’autres explorations.
Les lipomes sont des tumeurs mésenchymateuses bénignes, d’origine sous muqueuse, constituées de tissu adipeux maturé lobulé et entouré d’une capsule fine. Ils sont typiquement jaunâtres, et de consistance molle (signe de l’oreiller lors de la compression de la lésion avec une pince à biopsie). En cas de doute diagnostique, il est possible de scalper la lésion supposée lipomateuse à l’anse froide, pour mettre à nu le tissu graisseux sous-jacent.
Ces lésions d’allure sous muqueuse sont souvent des lésions < 2 cm, développées dans l’antre, sessiles, recouvertes d’une muqueuse normale avec une zone ombiliquée au centre. Très souvent unique, le diagnostic de certitude repose sur des biopsies qui permettent d’authentifier en histologie la présence de tissu pancréatique normal. Ils sont très souvent asymptomatiques mais peuvent être la cause, pour des lésions volumineuses, d’hémorragies digestives hautes.
Les tumeurs endocrines gastriques (carcinoïdes gastriques) sont de plus en plus fréquentes et représentent environ 8 % des TE digestives et 0,6 à 2 % des polypes gastriques lors d’une endoscopie digestive haute (14).
Il existe 3 types de TNE bien différenciées gastriques :
Quelle prise en charge pratique ? En pratique, il est très important de faire la distinction entre les TNE de type 1 ou 2, et les tumeurs de type 3, puisque ces dernières nécessitent une chirurgie carcinologique avec curage ganglionnaire. Des biopsies antro-fundiques à la recherche d’une pathologie gastrique (gastrite auto-immune ou gastrite atrophique), un dosage de gastrinémie et une écho-endoscopie sont recommandés dans le bilan initial. Les recommandations de prise en charge sont détaillées dans le TNCD.
Les lymphomes gastriques sont des lymphomes non-Hodgkiniens, développés à partir du tissu lymphoïde associé aux muqueuses (en anglais : Mucosa Associated Lymphoid Tissue, MALT). Les lymphomes gastriques sont des tumeurs rares, ils représentent moins de 5 % de tous les cancers gastriques, mais plus de la moitié de tous les lymphomes primitifs du tube digestif. Les aspects endoscopiques ne sont pas, non plus, spécifiques. Il peut s’agir d’ulcères, qui peuvent être volumineux, notamment dans les cas des lymphomes diffus à grande cellules, de lésions d’allure polypoïde ou tumorale, ou bien d’une muqueuse d’aspect érythémateux évocateur d’une gastrite. Enfin, il arrive parfois de retrouver un lymphome du MALT sur des biopsies gastriques prélevées de manière systématique alors que la muqueuse gastrique a un aspect endoscopique subnormal.
La prise en charge s’effectue après avis en centre expert, une fois réalisées de multiples biopsies sur la lésion et au niveau de la muqueuse non lésionnelle selon le protocole de Sydney, pour l’analyse anatomo-pathologique et moléculaire.
Les lésions superficielles gastriques demandent une attention particulière en raison de leurs potentiels néoplasiques. Une évaluation endoscopique rigoureuse et, le cas échéant, une résection et une surveillance endoscopique sont nécessaires pour prévenir l’évolution vers un cancer ou gérer les récidives. La nature hétérogène des polypes gastriques exige une approche spécifique en fonction de leur type, taille et contexte clinique.
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