Position du problème
La surveillance endoscopique systématique de l’endobrachyœsophage (EBO) sans dysplasie (EBO-ND) pour prévenir l’adénocarcinome œsophagien (ACO) manque de preuves solides quant à son impact sur la survie globale et son coût-efficacité. Les récentes recommandations hollandaises préconisent désormais de ne plus surveiller les patients dits à « bas risque » (EBO 55 ans au diagnostic, sans antécédent de dysplasie). Cette étude évalue le risque de progression à long terme dans une large cohorte de vraie vie pour valider cette stratégie de désescalade.
Méthode
Cohorte prospective multicentrique (6 hôpitaux généraux néerlandais) débutée en 2003, incluant des patients avec EBO sans dysplasie (EBO-ND) ou en dysplasie de bas grade (DBG) d’une longueur d’au moins 1 cm.
Recueil prospectif jusqu’en 2017, puis étendu de manière rétrospective via le registre national d’anatomopathologie jusqu’en 2024, soit un suivi médian de 11,3 ans.
Critère de jugement principal : Risque annuel de progression vers la dysplasie de haut grade (DHG) ou l’adénocarcinome œsophagien (ACO).
Résultat
Sur 973 patients analysés (74,1 % d’hommes, âge moyen 57,1 ans, longueur médiane de l’EBO : C1M3) :
Risque global : 98 patients (10,1 %) ont progressé vers une DHG ou un ACO, soit un risque annuel global de 0,84 %. Parmi eux, 5,1 % ont été pris en charge d’emblée à un stade palliatif.
Facteurs prédictifs indépendants de progression : L’âge (HR 1,05), la longueur de l’EBO (HR 1,13 par cm) et la présence d’une DBG à l’inclusion (HR 2,32) (p < 0,001).
Efficacité de la surveillance (Nombre d’endoscopies nécessaires pour détecter 1 cas – NNT) : 114 (groupe bas risque) et 35 (groupe haut risque)
Conclusion
Cette étude à très long terme confirme le bien-fondé d’une désescalade de la surveillance de l’EBO. Plus de la moitié des patients (57 %) entrent dans les critères de « bas risque » définis par les recommandations hollandaises et présentent un taux de progression infime (0,32 %/an), rendant leur surveillance endoscopique hautement inefficiente (NNT = 144). Ces données soutiennent l’abandon de la surveillance systématique chez les patients à bas risque au profit d’un ciblage strict des profils plus agressifs.
