Position du problème
La perforation au cours d’une dissection sous-muqueuse endoscopique (DSE) colorectale fait craindre une dissémination tumorale. Son impact oncologique reste toutefois mal connu dans les cancers T1. Cette étude visait à évaluer son association avec le risque de récidive oncologique.
Méthode
Cette étude internationale menée dans 28 centres français, belges et italiens a inclus prospectivement les adultes traités par DSE pour un adénocarcinome colorectal T1 entre 2019 et 2025, avec recueil rétrospectif du suivi oncologique. Le critère principal était l’incidence cumulée des récidives à 36 mois. Les critères secondaires comprenaient la mortalité spécifique, les récidives dans le sous-groupe opéré et la stratégie après perforation (préservation d’organe ou chirurgie). Les patients avec et sans perforation étaient appariés sur score de propension selon un ratio de 1:4.
Résultat
Parmi les 852 patients, 95 (11,2 %) ont présenté une perforation, traitée endoscopiquement dans tous les cas sauf un. Après appariement, 91 patients avec perforation ont été comparés à 348 sans perforation, avec un suivi médian de 29 et 31 mois. L’incidence cumulée des récidives à 36 mois était de 3,7 % contre 7,0 % (SHR : 0,63 ; IC95 % : 0,19–2,15 ; p = 0,46), sans récidive locale après perforation. La mortalité spécifique était faible dans les deux groupes (1,3 % contre 0,8 %).
Dans la cohorte chirurgicale appariée (53 contre 199 patients), la perforation n’était associée ni à davantage de métastases ganglionnaires (6,8 % contre 9,1 %), ni à davantage de récidives (4,3 % contre 5,3 %). Chez les 38 patients avec perforation et préservation d’organe, l’incidence des récidives à 36 mois était de 2,8 %, sans décès lié au CCR.
Conclusion
Dans cette large cohorte internationale de CCR T1 traités par DSE, la perforation peropératoire n’était associée ni à davantage de récidives à 36 mois, ni à davantage de métastases ganglionnaires chez les patients opérés. Elle ne devrait donc pas constituer, à elle seule, une indication de chirurgie complémentaire, dont la décision reste guidée par les critères histologiques, le statut de résection et les caractéristiques du patient. Le faible nombre d’événements impose toutefois de confirmer ces résultats.
