Position du problème
Le syndrome de Lynch (SL) est la prédisposition héréditaire au cancer colorectal (CCR) la plus fréquente. La progression adénome-carcinome accélérée et la fréquence de lésions sessiles rendent leur détection difficile. Si l’intelligence artificielle (IA) améliore la détection des adénomes en population à risque moyen de CCR, son bénéfice dans le SL reste incertain. Les performances de l’IA pour la caractérisation optique des polypes (CADe) dans les SL demeurent peu étudiées.
Méthode
Cet essai randomisé international a inclus des patients atteints d’un syndrome de Lynch génétiquement confirmé, suivis dans 9 centres européens experts. Les patients étaient randomisés entre coloscopie en lumière blanche haute définition et coloscopie assistée par IA (CAD EYE, Fujifilm). Le critère principal était le taux de détection des adénomes (TDA). Les critères secondaires incluaient la détection des polypes, des lésions avancées, des lésions festonnées sessiles et des CCR, ainsi que les performances du CADe comparées au diagnostic optique des endoscopistes (NICE/JNET).
Résultat
Parmi les 733 patients inclus (369 en lumière blanche, 364 avec IA), le taux de détection des adénomes était comparable entre les groupes (30,9 % vs 33,8 % ; OR 1,14 ; IC95 % 0,84-1,56 ; p = 0,405). Aucune différence significative n’était observée pour le nombre d’adénomes par coloscopie (0,6 vs 0,5), les adénomes avancés (9,2 % vs 10,2 %), les lésions festonnées sessiles (10,8 % vs 9,6 %) ou les CCR (1,9 % vs 1,4 %). Pour la caractérisation optique, le CADe présentait une sensibilité de 84,4 % et une spécificité de 90,9 %, proches de celles du diagnostic des endoscopistes selon NICE (89,2 % et 91,6 %) et JNET (90,5 % et 91,8 %).
Conclusion
Dans cet essai randomisé multicentrique, le plus vaste à ce jour dans le syndrome de Lynch, l’IA n’améliorait pas significativement la détection des adénomes par rapport à la lumière blanche haute définition. Son bénéfice semble donc limité en centres experts assurant le suivi de ces patients. Ces résultats doivent toutefois être interprétés au regard des recommandations françaises, qui préconisent une surveillance par chromoendoscopie, une stratégie non évaluée dans cet essai.
