Position du problème
Depuis l’essai LIR!C, la résection iléocæcale (RIC) constitue une alternative aux biothérapies dans la maladie de Crohn iléale localisée non compliquée. Toutefois, certains patients conservent après chirurgie une diarrhée, des urgences fécales ou des douleurs abdominales. Cette étude visait à élaborer et valider un score prédictif de cet inconfort digestif après une première RIC.
Méthode
Il s’agissait d’un étude rétrospective multicentrique à partir de données recueillies prospectivement. La cohorte de dérivation (Saint-Antoine, 2017–2024) incluait des patients ayant eu une première RIC sans lésion macroscopique résiduelle ; la validation externe concernait sept centres Paris-IBDU. L’évaluation clinique et morphologique (iléocoloscopie ou IRM) avait lieu à 6–12 mois. Le critère principal était un inconfort digestif défini par ≥ 4 selles liquides/jour, des urgences fécales ou des douleurs abdominales modérées à sévères.
Résultat
Parmi 322 patients (131 en dérivation, 191 en validation), 95,3 % avaient une forme sténosante ou pénétrante (B2/B3). Un inconfort digestif persistait chez 23,7 % et 31,4 % des patients, respectivement, et était plus fréquent en cas de récidive morphologique (37,9 % vs 22,2 % ; p = 0,004). Deux facteurs étaient associés à un moindre risque : une résection ≤ 40 cm (OR ajusté 0,14 [0,05–0,38]) et une chirurgie ≤ 24 mois après le diagnostic (OR ajusté 0,25 [0,07–0,76]). Le score PARIS attribuait 1 point à chacun des critères inverses (> 40 cm ; > 24 mois). Son AUC était de 0,75 en dérivation et 0,68 en validation. Pour les scores 0, 1 et 2, les taux d’inconfort étaient respectivement de 2,8 %, 25,6 % et 58,8 % en dérivation, contre 12,2 %, 32,7 % et 54,3 % en validation.
Conclusion
Dans cette étude, environ un quart à un tiers des patients présentent un inconfort digestif 6 à 12 mois après une première RIC. Une chirurgie plus précoce et une résection limitée sont associées à un moindre risque. Simple à calculer, le score PARIS distingue les patients à faible risque (score 0 : 2,8–12,2 %) de ceux à haut risque (score 2 : 54–59 %). Sa performance prédictive reste modérée en validation externe. La forte prédominance des formes B2/B3 justifie une évaluation spécifique chez les patients présentant une forme B1 non compliquée.
