Position du problème
Le maintien des analogues nucléos(t)idiques (NA) reste le standard dans la prise en charge de l’hépatite B chronique, et la perte de l’AgHBs sous NA est rare (<1%/an). Chez les patients AgHBe négatifs et AgHBs positifs, notamment avec AgHBs bas, les recommandations ouvrent deux options pour viser la guérison fonctionnelle : arrêt des NA ou ajout du peg-IFN.
Méthode
Analyse poolée de données individuelles issues de 2 programmes internationaux : RETRACT-B, incluant des patients virosupprimés ayant arrêté les NA, et PROSPER, regroupant 8 essais évaluant l’ajout de peg-IFN aux NA, le plus souvent pendant 24 à 48 semaines. Seuls les patients avec AgHBe négatifs et AgHBs positifs à baseline ont été retenus. Le suivi était censuré à 96 semaines, en intention de traiter. Le critère principal était la perte cumulée de l’AgHBs à 2 ans. Des analyses stratifiées selon l’origine des populations et le taux d’AgHBs initial, puis ajustées par IPTW, ont été réalisées.
Résultat
2 095 patients ont été analysés : 1 772 arrêt NA et 323 peg-IFN add-on. À l’inclusion, les groupes différaient selon l’âge, le sexe, l’origine, le type de NA et le taux ALAT, mais le taux d’AgHBs et la durée des NA étaient comparables. À 2 ans, la perte d’AgHBs était significativement plus fréquente avec peg-IFN (16% vs 5%; IPTW 13% vs 5,5%; p < 0.001). Le bénéfice était surtout observé chez les patients asiatiques (20% vs 3%; IPTW 13% vs 3%; p < 0.001), sans signal chez les non-asiatiques (9% vs 13%; p = 0.37). Ces résultats étaient conservés en stratifiant sur le taux d'AgHBs initial. L’arrêt des NA exposait à davantage de "flares" d’ALAT, plus sévères, indépendamment de l’origine.
Conclusion
L’ajout de peg-IFN aux analogues nucléos(t)idiques augmente la perte de l’AgHBs chez les patients asiatiques AgHBe négatifs, en particulier lorsque le taux d’AgHBs est faible (<100 UI/mL), sans bénéfice démontré chez les patients non asiatiques. L’arrêt des analogues nucléos(t)idiques est quant à lui associé à des ascensions de transaminases parfois sévères quelle que soit l’origine des patients. Le choix entre l’arrêt des analogues et l’ajout de peg-IFN doit donc être discuté au cas par cas, en tenant compte du taux d’AgHBs, de l'origine, du risque de flare et de la tolérance.
