Position du problème
Le traitement de référence de l’hépatite auto-immune (HAI) repose historiquement sur la corticothérapie et l’azathioprine (AZA). Cependant, l’intolérance à l’AZA et les réponses biochimiques incomplètes restent fréquentes, limitant l’efficacité de cette stratégie à long terme. Dans l’essai CAMARO publié en 2024, le mycophénolate mofétil (MMF) a montré un taux supérieur de rémission biochimique à 24 semaines associée à une meilleure tolérance comparativement à l’AZA chez des patients ayant une HAI naïfs de traitement. Le maintien de ce bénéfice au long cours restait encore à démontrer.
Méthode
Cette étude est une extension à 3 ans de l’inclusion de l’essai randomisé multicentrique de supériorité CAMARO comparant le MMF à l’AZA, tous deux associés à la prednisolone, chez des patients atteints de HAI naïfs de traitement. Les critères principaux de jugement étaient la poursuite du traitement randomisé avec normalisation des ALAT à 3 ans, ainsi que le délai de rémission biochimique défini par la normalisation des ALAT et des IgG. Les arrêts thérapeutiques, le sevrage cortisonique, la perte de réponse secondaire et les effets indésirables ont également été évalués.
Résultat
Parmi les 70 patients suivis à 3 ans (31 AZA, 39 MMF), davantage de patients sous MMF poursuivaient le traitement initial avec normalisation des transaminases (78% vs 57%), mais sans différence significative. Le délai médian de rémission biologique était significativement plus court sous MMF (16 vs 64 semaines). Les arrêts de traitement étaient plus fréquents sous AZA (39% vs 23%), mais sans différence significative. Aucune différence n’était observée concernant les effets secondaires, la perte secondaire de réponse, le délai d’obtention de rémission sans corticoïdes ou celui d’arrêt de la prednisolone. Deux patients sous MMF ont obtenu une rémission prolongée avec arrêt de tout traitement.
Conclusion
Cette extension de l’étude CAMARO confirme l’efficacité du MMF à 3 ans en traitement de première ligne de l’HAI. L’efficacité clinique globale est comparable dans les deux groupes mais le MMF permet d’obtenir une réponse biologique plus rapide que l’AZA. La tolérance à long terme apparait similaire et satisfaisante pour les deux traitements. En accord avec les nouvelles recommandations de l’EASL de 2025, ces résultats renforcent le positionnement du MMF comme traitement de première ligne de l’HAI en alternative à l’azathioprine.
