La révolution de l’immunothérapie : les IPP s’invitent pour gâcher la fête
Position du problème
Plusieurs travaux ont suggéré un potentiel effet négatif des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sur l’efficacité de l’immunothérapie, notamment par la modification du microbiote intestinal. Une étude de cohorte rétrospective sur une population importante était cependant nécessaire pour confirmer ce signal.
Méthode
Une cohorte canadienne constituée de patients de 65 ans et plus atteints d’un cancer traité par immunothérapie a été constituée rétrospectivement à partir de données administratives. Cette cohorte a ensuite été rapprochée d’autres bases de données de santé, pour obtenir les informations relatives à la prescription d’IPP. L’impact de la prescription d’IPP dans l’année précédant l’initiation de l’immunothérapie sur la survie globale a été étudié à travers un modèle de Cox multivarié.
Résultat
Parmi les 2737 patients inclus, 43% étaient traités par nivolumab, 41% par pembrolizumab, et 13% par ipilimumab. La majorité d’entre eux étaient atteint d’un cancer pulmonaire (53%) ou d’un mélanome (34%). L’exposition au IPP dans l’année précédant l’initiation de l’immunothérapie était associée à un risque de mortalité plus important (HR ajusté = 1,21 [IC95% 1,09-1,33]). Ce risque était encore plus marqué lorsque la prise d’IPP intervenait dans les 60 jours avant l’initiation (HR ajusté = 1,26 [IC95% 1,13-1,40]).
Conclusion
La prise d’IPP avant l’initiation d’une immunothérapie semble donc réduire modérément l’efficacité de l’immunothérapie, avec un rationnel physiopathologique plausible. Ces résultats constituent un argument supplémentaire pour réévaluer régulièrement la nécessité de maintenir un traitement par IPP au long cours, et d’éviter toute introduction abusive, a fortiori chez les patients âgés.
Adrien GRANCHER