Lenvatinib + chimio-immunothérapie dans le carcinome épidermoïde de l’œsophage métastatique : un rendez-vous manqué
Position du problème
Dans le carcinome épidermoide (CE) de l’œsophage, le traitement de référence de première ligne métastatique est une chimiothérapie par sel de platine et fluoropyrimidine, à laquelle est associée une immunothérapie anti-PD1 en fonction de l’expression de PDL1. LEAP-014 est un essai randomisé de phase III évaluant, en première ligne métastatique du CE de l’œsophage, l’intérêt d’associer le lenvatinib (len) à une combinaison pembrolizumab (pembro) + chimiothérapie, par rapport à l’association pembro + chimiothérapie seule. Les résultats rapportés ici sont ceux d’une analyse intermédiaire.
Méthode
L’étude a randomisé 1 :1 des patients avec CE de l’oesophage métastatique non prétraité, ECOG PS 0-1. Dans le bras expérimental, les patients recevaient un traitement d’induction de 12 semaines par len 8 mg/jour per os + pembro 400 mg IV + chimiothérapie (mFOLFOX6 ou paclitaxel-cisplatine ou 5FU-cisplatine). S’en suivait une consolidation par len 20 mg /jour (si la dose initiale de 8mg était bien tolérée) + pembro 400 mg IV toutes les 6 semaines. Dans le bras contrôle, les patients étaient traités par pembro + chimiothérapie. Le critère de jugement principal était la survie globale (SG).
Résultat
Au total, 850 patients ont été randomisés (94% avec CPS ≥1, 65% avec CPS ≥10). Il n’est pas observé de différence significative de SG entre les bras (SG médiane 17.6 vs 15.5 mois; HR 0.92; IC95%, 0.77 – 1.10; P=0.18). La survie sans progression (SSP) médiane était de 7.2 vs 6.9 mois (HR 0.89; 95% CI, 0.75 – 1.04; P=0.07). Il n’a pas été identifié de sous-groupe dans lequel l’ajout du lenvatinib apporte un bénéfice. L’étude a été arrêtée à l’issue de cette analyse intermédiaire, devant une probabilité très faible de mettre en évidence une différence de SG. Concernant la tolérance, des toxicités de grade ≥3 liées au traitement étaient observées avec une fréquence similaire dans les 2 bras.
Conclusion
L’ajout du lenvatinib à un traitement par pembrolizumab + chimiothérapie en première ligne métastatique du CE de l’œsophage n’apporte pas d’amélioration significative de la SG, ni des autres critères secondaires évalués, par rapport à la combinaison pembrolizumab + chimiothérapie seule. La place optimale des traitements anti-angiogéniques dans la prise en charge de ces patients reste donc à définir.
Maxime REMOND, Paris