Rechallenge par anti-EGFR : stop ou encore ?

Position du problème

Le rechallenge par anti-EGFR est une option thérapeutique prometteuse chez les patients avec cancer colorectal métastatique (CCRm) RAS/BRAF-sauvage lourdement prétraités. Chez des patients sélectionnés sur l’absence de mutation de résistance acquise aux anti-EGFR dans l’ADN tumoral circulant (ADNtc), les premières études suggéraient un taux de réponse de l’ordre de 30%, bien qu’une méta-analyse récente rapporte un taux de 17%. Cependant, la position de ce traitement par rapport aux autres options thérapeutiques reste à définir.

Méthode

CITRIC est un essai randomisé de phase II qui a inclus des patients PS 0-1 avec CCRm MSS RAS/BRAF sauvage, dont la maladie avait été au moins stable au cours d’une première ligne de chimiothérapie contenant un anti-EGFR, puis ayant reçu une seconde ligne sans anti-EGFR. Les patients sans mutation de résistance dans l’ADNtc étaient randomisés 1:1 en 3e ligne entre la combinaison cetuximab (CET) + irinotecan (IRI), ou un traitement au choix de l’investigateur mais sans anti-EGFR. Le critère de jugement principal était le taux de réponse objective avec un objectif ambitieux de 30%.

Résultat

58 patients ont été randomisés entre CET+IRI (N=31) et traitement au choix de l’investigateur (N=27). Dans ce dernier bras, seulement 7 patients ont reçu la combinaison trifluridine-tiperacil-bevacizumab, devenue depuis le traitement de référence de L3. L’essai est négatif sur son critère de jugement principal avec un taux de réponse objective de 9.7% dans le bras CET+IRI. Cependant ce bras CET+IRI était numériquement supérieur, aussi bien en termes de taux de réponse objective (9.7% vs 3.7%), de taux de contrôle de la maladie (77% vs 44%), de survie sans progression (médiane 4.6 vs 2.0 mois) et de survie globale (médiane 11.3 vs 7.3 mois).

Conclusion

Chez les patients avec CCRm RAS/BRAF sauvage sans mutation de résistance aux anti-EGFR dans l’ADNtc, le rechallenge par CET+IRI est associé à un taux de réponse objective de l’ordre de 10%, et était numériquement supérieur à un traitement au choix de l'investigateur, y compris en termes de survie globale et sans progression. Peu de patients du bras contrôle recevaient la combinaison trifluridine-tiperacil-bevacizumab devenue depuis le standard de 3ème ligne, cependant ces résultats restent utiles pour le choix du traitement de L4.

Maxime REMOND, Paris