Triplet-HCC : ipilimumab, l’invité de trop ?
Position du problème
Les combinaisons anti-PD-(L)1 avec un anti-VEGF ou un anti-CTLA-4 constituent aujourd’hui les immunothérapies de première ligne validées dans le carcinome hépatocellulaire (CHC) avancé, sur la base des essais IMbrave150, HIMALAYA et CheckMate-9DW. L’essai TRIPLET-HCC (NCT05665348) vise à comparer l’association atézolizumab + bévacizumab + ipilimumab (ATEZO/BEV/IPI) à atézolizumab + bévacizumab (ATEZO/BEV). Les résultats de la phase II de cet essai de phase II/III sont présentés ici.
Méthode
Il s’agit d’une étude prospective, multicentrique, ouverte et randomisée menée en France. Les patients ont été répartis (1:1) entre le bras A : atézolizumab 1200 mg + bévacizumab 15 mg/kg + ipilimumab 1 mg/kg toutes les 3 semaines (4 doses), et le bras B : atézolizumab 1200 mg + bévacizumab 15 mg/kg toutes les 3 semaines, pour une durée maximale de 2 ans. La phase II, non comparative, avait pour critère principal un taux de réponse objective ≥ 35 % dans le bras A selon RECIST 1.1. En cas de succès, l’essai devait passer en phase III avec la survie globale comme critère principal.
Résultat
Au total, 226 patients ont été randomisés (113 par bras) entre mars 2023 et septembre 2024 dans 36 centres français. Pour déclarer la phase II positive, 35 réponses objectives étaient requises dans le bras A ; seules 34 ont été observées (30,1 %), contre 27,4 % dans le bras B. Après un suivi médian de 12,0 mois (bras A) et 12,5 mois (bras B), la survie globale médiane était de 22,6 mois contre non estimable, et la survie sans progression de 8,0 contre 9,6 mois. Les effets indésirables de grade 3–4 ont concerné 44 % des patients dans le bras A et 39 % dans le bras B, entraînant un arrêt chez 20 % et 11,5 %, respectivement.
Conclusion
La phase II de l’essai TRIPLET-HCC n’a pas atteint son critère principal. L’efficacité apparaissait comparable entre les deux bras, tandis que la tolérance semblait meilleure dans le bras ATEZO/BEV seul. Ainsi, l’ajout d’ipilimumab à faible dose (1 mg/kg) n’a pas apporté de bénéfice clinique à la combinaison ATEZO/BEV. Un suivi plus long est toutefois nécessaire pour évaluer l’impact d’ipilimumab sur la survie globale, notamment chez les patients à longue survie.
Erwan VO QUANG, Paris