Position du problème
Chez les patients atteints de carcinomes épidermoïdes (CE) ou d’adénocarcinomes (ADK) localement avancés non résécables de l’œsophage ou de la jonction œsogastrique (JOG), la radiochimiothérapie (RCT) exclusive constitue le traitement de référence. L’immunothérapie ayant montré un bénéfice en situation métastatique, sa place dans ce contexte est en cours d’évaluation. L’essai international de phase 3 KEYNOTE-975 évaluait l’intérêt d’ajouter du pembrolizumab à la RCT exclusive.
Méthode
Ont été inclus des patients non prétraités atteints d’un CE ou d’un ADK de l’œsophage ou de la JOG localement avancé (cTxN+M0 ou cT2-T4aNxM0 ou cTxN+M1 (métastases ganglionnaires supraclaviculaires)) non résécable.
Le pembrolizumab était administré à 200 mg/3 semaines pendant 8 cycles, puis à 400 mg/6 semaines pendant 5 cycles. La RCT associait du 5FU+cisplatine ou FOLFOX à une irradiation de 50 ou 60 Gy. Le critère de jugement principal comprenait la survie sans évènement (EFS) et la survie globale (OS) dans les sous-groupes PD-L1 CPS ≥10, CPS ≥1 et dans la population globale.
Résultat
Au total, 703 patients ont été randomisés : 349 dans le bras pembrolizumab et 354 dans le bras placebo. Après un suivi médian de 47.1 mois, l’EFS n’était pas améliorée dans la population CPS ≥10 : 15.2 vs 14.7 mois (HR 0.97 ; IC95 % 0.77–1.23 ; p = 0.3994, pour un seuil de significativité fixé à 0.0193).
Dans cette même population, l’OS médiane était de 32.2 vs 35.0 mois (HR 1.00 ; IC95 % 0.77–1.30). Le critère de jugement principal dans la population CPS ≥10 n’étant pas atteint, les analyses dans les populations CPS ≥1 et globale n’ont pu être réalisées.
Les évènements indésirables (EI) grade 3-4 concernaient 75% des patients sous pembrolizumab contre 67 % sous placebo. Un EIG a entrainé un arrêt du traitement chez respectivement 24% et 19% des patients.
Conclusion
KEYNOTE-975 est négative en EFS et en OS dans la population PD-L1 CPS ≥10. Ces résultats ne soutiennent pas l’ajout de pembrolizumab à la RCT exclusive des cancers de l’œsophage ou de la jonction œsogastrique localement avancés non résécables.
L’essai français randomisé de phase 2 ARION communiqué le même jour ne retrouvait pas non plus de bénéfice à l’ajout du durvalumab à la RCT exclusive en termes de PFS et OS.
Il n’y a donc pas de place à ce jour de l’immunothérapie avec la RCT exclusive pour les cancers de l’œsophage localement avancés non résécables.
