Écho-endoscopie et biologie moléculaire : une alliance pour affiner la prise en charge du cancer du pancréas
Position du problème
L’analyse du génome et du transcriptome tumoral peut guider le traitement des adénocarcinomes pancréatiques, mais repose souvent sur du tissu opératoire, excluant les patients non résécables. La cytoponction sous échoendoscopie permet d’obtenir du matériel tumoral à tous les stades, mais son utilisation en médecine génomique reste mal définie. Cette étude évalue la faisabilité et l’impact clinique des analyses moléculaires sur ces prélèvements.
Méthode
Dans l’étude multicentrique BACAP, 397 patients atteints d’adénocarcinome pancréatique (résécable 16 %, borderline 14 %, localement avancé 43 %, métastatique 27 %) ont été inclus. L’ADN et l’ARN ont été extraits de prélèvements obtenus par échoendoscopie et analysés par séquençage profond ciblé et séquençage ARN. L’étude a comparé la cellularité tumorale, les profils moléculaires et leur corrélation avec la survie et l’efficacité des traitements selon les mutations et signatures transcriptomiques identifiées.
Résultat
Les fréquences alléliques KRAS, reflet de la cellularité tumorale, étaient quasiment identiques entre les pièces opératoires et les prélèvements obtenus par ponction sous échoendoscopie. Les tumeurs métastatiques présentaient plus fréquemment des mutations de TP53 (p = 0,0002), moins de mutations de RNF43 (p = 0,003) et un profil transcriptomique Basal-like, associé à un mauvais pronostic (p = 0,001). Certains marqueurs moléculaires étaient prédictifs de réponse aux traitements : mutations HRD pour la chimiothérapie à base de platine (p = 0,025), TP53 sauvage pour la radio-chimiothérapie (p = 0,01) et profil GemPred pour la gemcitabine (p = 0,019).
Conclusion
L’analyse génomique et transcriptomique des tumeurs pancréatiques à partir de biopsies obtenues par échoendoscopie est faisable et pertinente. Elle permet d’identifier des sous-types tumoraux et d’adapter les traitements, notamment la chimiothérapie à base de platine, la radio-chimiothérapie et la gemcitabine. Ces résultats ouvrent la voie à une médecine de précision pour tous les patients atteints d’adénocarcinome pancréatique, quel que soit le stade de la maladie.
Pierre-Jean SILETE, Dijon