Etes-vous capables de réalimenter vos patients après une pancréatite aigue biliaire ?

Position du problème

Dans la prise en charge de la pancréatite aigue biliaire (PAB), les modalités de ré-alimentation précoce orale ou entérale exclusive jusqu’à la cholécystectomie ne font pas l’objet de consensus en France et restent débattues. La cohorte CAPABLES de l'ANGH est une étude multicentrique (40 CHG et 20 CHU) qui a inclus 1170 malades avec PAB pour tenter de répondre à cette question en évaluant la survenue avant la cholécystectomie de l’incidence d’évènements biliaires (EB) (colique hépatique/migration, enclavement, angiocholite, récidive de pancréatite aiguë, cholécystite aigue).

Méthode

Les données étaient recueillies lors de l'hospitalisation initiale, à 3 mois et à 6 mois (si le patient n'avait pas été cholécystectomisé à 3 mois) Les messages importants de cette étude qui fera date sont les suivants : - A l'issue d'une pancréatite aigue, 15% des patients vont présenter avant leur cholécystectomie des EB, survenant le plus souvent dans le premier mois (médiane de survenue 26 jours). Parmi eux, 31% auront une récidive de PAB dont 9% seront sévères, 10 % feront une angiocholite.

Résultat

- Le degré de gravité de la pancréatite initiale n'est pas associé au risque de survenue d'un EB. - Pour toutes les PA, sévères ou non sévères , le mode de nutrition choisie (orale, entérale ou jeun/IV) , n'a aucun impact sur la récidive d'un EB. - Cette étude pointe que la cholécystectomie recommandée par nos sociétés savantes lors de l'hospitalisation initiale pour les PAB non sévères n'est réalisée que dans 1/3 des cas en pratique courante et que le non recours à la chirurgie étant essentiellement du à des difficultés organisationnelle au sein des structures de soins !

Conclusion

La cholécystectomie reste le meilleur moyen de prévenir la survenue d'un évènement biliaire post pancréatite aigue. 46% des patients avec indication de cholécystectomie au cours de l'hospitalisation ne sont pas opérés pour des motifs non médicaux (problème organisationnel). Une réalimentation orale précoce semble donc possible (sous réserve de la tolérance et des besoins) dans l'attente de la chirurgie. Ce risque de récidive précoce d'EB doit absolument convaincre nos chirurgiens d'opérer rapidement ces patients.

Aurore MEURAT, Bordeaux