Intérêt d’un rechallenge de l’immunothérapie chez les patients atteints de cancers digestifs dMMR/MSI
Position du problème
La proportion de cancers digestifs dMMR/MSI varie selon la localisation : de 4 % dans le cancer du pancréas à 30 % dans le cancer colorectal (CCR). Dans ces cancers très immunogènes, les inhibiteurs de checkpoint immunitaire (ICI) sont le traitement de choix chez les patients atteints de CCR métastatique en 1ère ligne et ont également une place en 2ème ligne des autres cancers digestifs. Cependant, 50 à 70 % des patients présentent une résistance primaire ou secondaire à l'immunothérapie et les traitements conventionnels en cas de progression sont décevants chez ces patients.
Méthode
INFLATE est une étude ancillaire de la cohorte multicentrique IMMUNODIG qui regroupe 34 centres en France, en Belgique et aux Etats-Unis. Les patients inclus devaient avoir reçu une immunothérapie pour un cancer digestif dMMR/MSI, avoir progressé après un 1er traitement par ICI (ICI-1) et bénéficier d'un rechallenge par ICI (ICI-2). L'objectif était d'étudier l'efficacité de ce rechallenge au niveau des taux de réponse objective (TRO), de contrôle de la maladie (TCM), de la survie sans progression (SSP) et de la survie globale (SG).
Résultat
53 patients ont été inclus : 28 avec une mono et 25 avec une bi-immunothérapie. Le pembrolizumab était le traitement utilisé chez 50% des patients, plus de 70% étaient en L2. L'efficacité du traitement dépendait de la cause d'arrêt de l'ICI-1 : après arrêt pour progression (49%), le TRO était de 8,7 % et le TCM de 60,9 % alors qu'après arrêt pour autre raison, le TRO était de 37,5 % et le TCM de 83,3 %. La survie globale en population générale était de 22,2 mois avec une SSP à 10,4 mois. Après arrêt de l'ICI-1 pour progression, les patients étaient majoritairement traités par bi-immunothérapie (85%), alors que pour autre raison, la mono-immunothérapie était privilégiée (85%).
Conclusion
Cette étude semble montrer une efficacité du rechallenge et de la réintroduction de l'immunothérapie après progression en L1 chez les patients atteints de cancers digestifs dMMR/MSI. Il convient cependant de privilégier après progression sous immunothérapie un rechallenge par bi-immunothérapie alors que chez les patients ayant progressé après arrêt pour autre raison, une réintroduction de mono-immunothérapie semble possible.
Pauline PIRES, Reims