La thérapie par pression négative au secours de la prise en charge des fistules œsophagiennes
Position du problème
La chirurgie œsophagienne pour cancer est majoritairement représentée par la chirurgie de Lewis Santy, dont la morbi mortalité est importante. La prévalence de la fistule anastomotique avoisine les 35% dans cette population, augmentant par 3 le risque de décès post-opératoire et retardant l'accès aux thérapies adjuvantes. La reprise chirurgicale est associée à une mortalité élevée et le traitement endoscopique s'est désormais imposé, avec des taux de succès variable selon les techniques. L'émergence des thérapies par pression négative pourrait révolutionner la prise en charge de ces patients.
Méthode
Il s'agit d'une étude monocentrique rétrospective lilloise menée entre Janvier 2015 et Juillet 2024 ayant pour but d'évaluer l'efficacité de la prise en charge des fistules œsophagiennes post chirurgie oncologique après traitement par VAC-thérapie (VAC) ou thérapie conventionnelle (non VAC) ainsi que déterminer les facteurs associés à la réussite et l'échec du traitement. Les patients du groupe VAC pouvaient bénéficier soit d'un traitement par EsoSponge, soit par Vac-Stent GI, tandis que ceux du groupe non VAC étaient traités par les thérapies classiques (stent métallique, prothèse QDC...).
Résultat
Une chirurgie œsophagienne carcinologique a été réalisée chez 918 patients, 146 ont présenté une fistule (16%) dont 54 ont bénéficié d'un traitement endoscopique (52 inclus) soit par VAC thérapie (n=20, EsoSponge (n=11) ou Vac-Stent GI (n=9)), soit sans VAC thérapie (n=32). L'efficacité du traitement était comparable dans les deux groupes (70/75%), sans différence de morbimortalité liée au geste, avec une même durée d'hospitalisation . La VAC thérapie était significativement associée à une diminution de la durée du traitement endoscopique et du délai avant obtention de la cicatrisation de la fistule. La radiochimiothérapie exclusive était significativement associée à un échec du traitement.
Conclusion
Il s'agit de la plus vaste série comparant l'efficacité de la VAC-thérapie à celle des thérapies conventionnelles. La faible proportion de malades traités par Vac Stent GI est liée à l'absence de disponibilité du dispositif en début d'étude, et son utilisation a remplacée celle de l'EsoSponge par la suite, avec environ 2 à 3 changements de stents par patients. Le recours à la VAC thérapie permettait d'obtenir une fistule cicatrisée en sortie d'hospitalisation alors que les patients du groupe non VAC revenaient de nombreuses fois pour optimiser le traitement de leur fistule.
Thomas GUILMOTEAU, Clermont-Ferrand