Neurotoxicité à l’oxaliplatine : la fin des fourmis ?

Position du problème

La neurotoxicité (NT) liée à l'oxaliplatine (Ox) reste un facteur limitant à la bonne réalisation de la chimiothérapie. Lorsqu'elle devient chronique, elle invalide les patients au quotidien, notamment ceux recevant une chimiothérapie adjuvante par FOLFOX ou CAPOX pour un cancer colorectal (CCR). La dose d’Ox est habituellement calculée en fonction de la surface corporelle (SC) et il a déjà été démontré que la NT est corrélée à la sarcopénie et à la masse maigre (MM). Deux cohortes ont permis de valider un seuil de 3,09mg d'Ox par kilogramme de MM au-delà duquel apparaît une NT limitante.

Méthode

L'étude LEANOX est une étude de phase 2, randomisée, multicentrique nationale, regroupant plus de 20 centres, portant sur des patients éligibles à une chimiothérapie adjuvante à base d'Ox pour un CCR. 3 groupes ont été définis : groupe 1 sans réduction de MM recevant une dose calculée sur la SC (85 mg/m²) et 2 groupes avec réduction de MM randomisés entre une dose d'Ox selon SC (groupe 2) ou selon MM (groupe 3) (3,09 mg/kg de MM). L'évaluation de la MM se faisait par méthode radiologique. Le critère principal était le pourcentage de patients sans NT de grade ≥ 2 pendant les 6 premiers cycles.

Résultat

160 patients ont été inclus. L'âge médian était de 63 ans, 39 à 48% des patients, des 3 groupes, étaient en surpoids ou obèses. L'analyse est positive : 42,1% des patients du groupe 2 ne présentaient pas de NT de grade ≥2 à 6 cycles contre 67,2% dans le groupe 3. Les critères secondaires allaient dans le même sens : l'adaptation de l'Ox sur la MM entraînait moins de réduction de dose, un délai de survenue de NT limitante plus long et une dose cumulée plus élevée. Le score QLQ CIPN20 s'intéressant à la NT était significativement meilleur chez les patients du groupe 3. Bien que non conçue pour cela, on ne note pas de différence significative entre les groupes 2 et 3 concernant la SSP et la SG.

Conclusion

Cette étude de preuve de concept montre que l'adaptation de dose à la masse maigre diminue de manière significative la survenue de neurotoxicité de grade ≥ 2 chez les patients sarcopéniques traités par oxaliplatine en adjuvant d'un cancer du côlon stade III. Le TNCD a ainsi modifié ses recommandations en proposant cette option applicable en pratique courante de manière simple (la mesure de la masse maigre étant possible sur le scanner du bilan d'extension).

Pauline PIRES, Reims