Prothèse pancréatique préventive : biodégradable ou plastique ?
Position du problème
La pancréatite aiguë (PA) représente la complication la plus fréquente après CPRE. L'ESGE recommande la pose d'une prothèse pancréatique en cas de situations à risque (opacification du CPP, cannulation accidentelle répétée du CPP, double fil guide...). Les prothèses plastiques sont considérées comme la référence aujourd'hui, mais peuvent nécessiter une extraction endoscopique en cas de rétention pancréatique prolongée après 14 jours. Les prothèses biodégradables pourraient représenter une alternative économique et écologique intéressante, en limitant le taux de réintervention.
Méthode
Il s'agit d'une étude rétrospective monocentrique française cas-témoin ayant inclus une population de patients ayant bénéficié de la mise en place de prothèses pancréatiques de protection après CPRE avec un groupe de cas (prothèse biodégradable 6Fr) et un groupe de témoins (prothèse plastique 5Fr). Les critères de jugement comprenaient notamment le taux de PA post-CPRE et le taux de réintervention pour prothèse persistante. Une analyse médico-économique était également réalisée.
Résultat
96 patients ont été inclus, 32 dans le groupe biodégradable, 64 dans le groupe plastique. L'indication majoritaire de la CPRE était la lithiase de la voie biliaire principale. Le taux de PA post-CPRE était similaire entre les 2 groupes, autour de 3%. On notait une très nette diminution du taux de réintervention en faveur des prothèses biodégradables (6.3% versus 84,4%, p<0,001). L'analyse médico-économique ressortait en faveur de la technique biodégradable (22.429 euros vs 90.300 euros, p<0,001) malgré un coût unitaire plus élevé des prothèses biodégradables. Il n'a pas été observé de mortalité et le taux de pancréatite aiguë sévère ne différait pas entre les groupes.
Conclusion
Cette étude met en évidence une nette supériorité en faveur des prothèses biodégradables sur le taux de réintervention, avec une prévention de la PA post-CPRE similaire aux prothèses plastiques. On restera cependant prudent sur l'analyse des résultats, le taux de réintervention dans le groupe prothèses plastiques restant nettement supérieur aux taux observés dans la littérature, oscillant plutôt entre 10 et 20%. Le délai avant réintervention n'était pas connu et le design des prothèses plastiques de l'étude avec de multiples ergots aurait pu favoriser leur rétention.
Thomas GUILMOTEAU, Clermont-Ferrand