Révélation de la cohorte RESONANCE : besoin urgent d’un diagnostic plus précoce dans les maladies chroniques du foie
Position du problème
Les maladies chroniques du foie (MCF) en France sont fréquentes et de mauvais pronostic. Chaque année, on estime à 15 000 le nombre de décès par cirrhose et à 10 000 le nombre de décès par cancer primitif du foie. Les MCF sont actuellement dominées par les stéatopathies avec une augmentation de la cirrhose métabolique, qui devrait être multipliée par 3 d'ici 2030. Il est malheureusement constaté un retard au diagnostic pour les MCF alors même que les facteurs de risque sont connus et facilement identifiables.
Méthode
La cohorte RESONANCE a été construite à partir de l'échantillon représentatif à 2 % du SNDS. Entre 2015 et 2021, 26 663 patients atteints d'une MCF ont été identifiés avec utilisation de la période 2013-2014 pour différencier les cas prévalents des cas incidents. Les caractéristiques socio-démographiques et de la maladie hépatique sous-jacente, les comorbidités, les facteurs de risque, le suivi médical, l'indice d'accessibilité aux soins et l'environnement social étaient recueillis. Une forme sévère à l'entrée était définie par une hospitalisation pour cirrhose, un cancer du foie ou un décès.
Résultat
19 645 patients avec une MCF incidente ont été identifiés dont 57% d'hommes. L'âge moyen était de 60 ans. La cause la plus fréquente était l'alcool (31%) suivie de la stéatopathie métabolique (27%). 61% des patients avaient des facteurs de risque métaboliques. L'étude de la situation sociale montrait une distorsion vers les quintiles les plus défavorisés. 42% des patients présentaient une forme sévère à l'entrée dans la maladie, 60% si MCF liée à l'alcool. La consommation d'alcool, identifiée avant le diagnostic, était le premier facteur de risque d'entrer dans la MCF par une forme sévère. Entre 2015 et 2021, il n'y avait pas de différence significative sur la sévérité à l'entrée.
Conclusion
L'alcool est la cause la plus fréquente de maladie chronique du foie. On observe encore une entrée dans la maladie par une forme sévère dans 40% des cas malgré des facteurs de risque connus et identifiés au préalable, sans amélioration de ce pourcentage au fil des années. Il y a donc un besoin urgent d'améliorer la prévention et la détection à un stade plus précoce des maladies chroniques du foie, en particulier celles liées à l'alcool.
Pauline PIRES, Reims