Position du problème
La maladie de Crohn (MC) est une maladie chronique invalidante nécessitant une prise en charge précoce et un suivi rapproché pour obtenir une rémission profonde et limiter sa progression. La question de l’arrêt des anti-TNF après rémission reste débattue.
Cette étude visait à évaluer le maintien de la rémission profonde (RP) après l’arrêt d’un traitement de 1 an par adalimumab (ADA).
Méthode
Il s’agissait d’une étude de cohorte prospective multicentrique du GETAID ayant inclus des patients avec MC récemment diagnostiquée, bio-naïfs et traités par ADA pendant un an. Les patients en rémission clinico-biologique et en RP après 6 et 12 mois de traitement se voyaient proposer l’arrêt de l’ADA.
L’objectif principal était d’évaluer le maintien de la RP (définie par une rémission clinique avec un CDAI <150, biologique par une CRP ≤ 5 mg/l et endoscopique [absence d'ulcère]) un an après arrêt de l'ADA.
Résultat
171 patients avec un diagnostic de MC récent ont été inclus. Le CDAI médian était de 196, la CRP médiane de 9 mg/L et la calprotectine fécale de 440 µg/g. La durée médiane d’évolution de la MC était de 4 mois, avec principalement des localisations iléales (42,7 %). Le phénotype inflammatoire prédominait (71,3 %).
À 12 mois, 22,2 % des patients ont atteint une rémission profonde. Parmi eux, 31 ont arrêté l’ADA ; seuls 7 (22,6 %) ont maintenu cette rémission à 24 mois, soit 4,1 % de la cohorte. Le délai médian de rechute était de 14 mois, sans facteur prédictif identifié.
Conclusion
Cette étude est la première à évaluer l’arrêt d’un traitement avancé dans la MC récente après obtention d’une rémission profonde. Environ 20 % des patients naïfs de biothérapie ont atteint une rémission profonde à 1 an sous adalimumab. Parmi eux, seuls un quart ont maintenu cette rémission un an après l’arrêt, soit 4 % de la cohorte. Ces résultats suggèrent que l’arrêt de l’anti-TNF expose à un risque élevé de rechute et soutiennent le maintien prolongé du traitement, même en cas de MC récemment diagnostiquée.
