Position du problème
La transplantation hépatique (TH) est la meilleure option curative de la cirrhose décompensée mais l’adressage en centre de TH, malgré des indications formelles, est inconstant. Cette étude française s’est intéressée au parcours des patients ayant une cirrhose décompensée en amont de l’inscription sur liste de greffe. La proportion de patients ayant été orientés vers un parcours de greffe et les facteurs déterminants leur défaut d’orientation ont été colligés.
Méthode
Cette étude rétrospective multicentrique a été menée dans 5 hôpitaux en Occitanie (un CHU avec et un CHU sans programme de TH, et 3 hôpitaux généraux) sur une période de 2 ans et a inclus des patients ayant une cirrhose décompensée admis au SAU, en USI, réanimation identifiés via le PMSI. Les données socio-démographiques et clinico-biologiques de ces patients ont été recueillies. Les critères de jugement principaux étaient l’orientation vers une équipe de TH, l’inscription sur liste d’attente de TH et la réalisation d’une transplantation.
Résultat
416 patients ont été inclus : 77.2 % d’hommes, âge médian 59.1 ans, dont 90% de cirrhose liée à l’alcool (ALD) avec 1/4 en ACLF. 120 patients (28.8 %) ont été adressés à un centre de TH, dont 25% dans les 4 mois. 44 (10.5 %) ont été inscrits sur liste et 28 (6.7 %) transplantés. La cirrhose non ALD et le score de MELD étaient associés à l’adressage. 296 patients n’ont pas été référés, 46.6% sans motif retrouvé et 15,4% car non sevrés en alcool. 71,2% sont décédés à 8 mois, surtout de complications de la cirrhose. Le défaut d’adressage était associé à un suivi hors du centre de TH ou éloigné de celui-ci et à la consommation active d’alcool alors qu’une minorité avait un suivi en addictologie.
Conclusion
Dans cette pathologie extrêmement sévère qu’est la cirrhose décompensée, avec une mortalité atteignant près des 3/4 des patients à 8 mois, la TH, seul traitement curatif, n’est proposée que dans moins d’un tiers des cas après un épisode aigue sévère. L’éloignement du centre de transplantation est un facteur pronostic majeur, poussant à la sensibilisation des hépato-gastro-entérologues, urgentistes et réanimateurs aux indications précoces à la TH. Cette étude présente cependant la limite de manquer de données addictologiques, pierre angulaire de la prise en charge de l’ALD.
