Cirrhose en France : on arrive trop tard !

Position du problème

Malgré des facteurs de risques (FDR) bien identifiés, la cirrhose (CIR) reste souvent diagnostiquée tardivement, avec un pronostic défavorable. Une meilleure connaissance de son épidémiologie et des trajectoires de soins des patients atteints de maladie chronique du foie (MCF), notamment aux stades avancés, est nécessaire pour optimiser leur prise en charge. Cependant, ces données sont rares en France. L’objectif de cette étude était de décrire l’épidémiologie de la cirrhose à l’échelle nationale.

Méthode

Dans une cohorte de MCF issue de l’échantillon représentatif 2 % du SNDS, le eSND, entre 2015 et 2021, les cas incidents de cirrhose étaient identifiés via les codes diagnostics CIM 10, actes ou traitements liés à la cirrhose et/ou ses complications. Les caractéristiques des patients, FDR, comorbidités, prise en charge et niveau socio-économique (indice Fdep) ont été analysés. La survie globale a été évaluée par modèles de Cox et les facteurs associés à la mortalité globale et au décès au diagnostic déterminés en régression logistique uni et multivariées.

Résultat

9 967 cas incidents de CIR ont été identifiés. 46.5% avaient un fdr avant le diagnostic. 48,6% des CIR étaient liées à l’alcool et 2.2% virales, 18,2% à une MASLD et 25% de cause inconnue (CI), avec une hausse de formes métaboliques. 79,7% des patients ont présenté au moins une complication. 87.3% des diagnostics étaient hospitaliers et 5.6% par le décès. La SG à 2 ans était de 55.8%.
En analyse multivariée, une CI, un CHC concomitant ou préalable, un score de Charlson élevé et la résidence en zone défavorisée étaient associés à une moindre SG. À l’inverse, CMU/CSS/AME et un suivi préalable avec un MT était protecteurs. Le sexe féminin et l’alcool étaient associés au risque décès inaugural.

Conclusion

L’épidémiologie de la cirrhose en France évolue, avec un recul des causes virales et liées à l’alcool, au profit des formes métaboliques. Bien qu’un FDR soit identifié chez un patient sur deux, le diagnostic reste tardif, souvent hospitalier, et associé à un pronostic défavorable (SG à 2 ans ~a 55%). Ces données soulignent la nécessité de renforcer la prévention, le dépistage précoce et l’organisation du parcours de soins, pour tous, tout en ciblant les populations à risque de décès précoce (femmes, mésusage d’alcool) selon le principe universalisme proportionné.

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