Position du problème
Les infections fongiques invasives (IFI) sont associées à une mortalité élevée chez les patients atteints de cirrhose. Leur diagnostic est difficile et se base sur un faisceau d’arguments cliniques et biologiques, les classant en infections possibles, probables ou confirmées. Les critères EORTC, validés pour le diagnostic des IFI, sont utilisées chez les patients atteints de cirrhose en l’absence de validation dans cette population spécifique. L’objectif de cette étude est de décrire les performances des (1,3)-β-D-glucanes (BDG) pour le diagnostic des IFI dans un contexte de cirrhose.
Méthode
Il s’agit d’une étude rétrospective monocentrique ayant inclus tous les patients hospitalisés dans service d’hépato-gastro-entérologique entre janvier 2022 et décembre 2022 et chez qui au moins un prélèvement à visée mycologique a été réalisé. Ont été exclus les patients immunodéprimés dont les patients transplantés hépatiques.
Résultat
499 patients ont été inclus dans l’étude dont 269 atteints de cirrhose. Sur ces 269 patients, 20 avaient une IFI prouvée ou probable. La survie était moins bonne chez les patients infectés par rapport aux patients non infectés (40% vs 66%). Les patients infectés étaient plus jeunes, avec un taux de bilirubine et un score MELD plus élevés par rapport aux patients non infectés (26.8 vs 18.1). Il n’y avait pas de différence du taux de CRP. En ce qui concerne les BDG, un seuil de 80 pg/mL avait une excellente valeur prédictive négative à 93.6% mais une mauvaise spécificité à 74.7%. Un seuil à 300 pg/mL avait une meilleure spécificité à 97.5% sans diminution de la VPN.
Conclusion
Cette étude confirme la gravité des IFI dans une cohorte de patients cirrhotiques, soulignant l’importance d’un diagnostic rapide, souvent difficile à obtenir. Les BDG sont des marqueurs fongiques dont le taux doit être interprété avec prudence chez le patient cirrhotique puisqu’il peut être augmenté en l’absence d’IFI en raison d’une augmentation de la translocation microbienne. En-dessous de 80 pg/mL, une IFI peut être éliminée avec une bonne VPN, et au-dessus de 300 pg/mL, la suspicion diagnostique devient forte. Ces données restent toutefois à confirmer sur de plus grands effectifs.
