Position du problème
La maladie de Crohn anopérinéale isolée constitue un défi à la fois diagnostique et thérapeutique, en particulier pour le choix d’un traitement de fond adapté. Les preuves d’efficacité des anti-TNF dans cette forme clinique restent rares et peu documentées dans la littérature. L’objectif de cette étude était de rassembler et d’analyser l’expérience multicentrique de dix centres experts français afin de mieux caractériser les pratiques et les résultats thérapeutiques. Cette collaboration vise également à combler le manque de données et à guider les futures stratégies thérapeutiques en pratique.
Méthode
Les patients consécutifs présentant des fistules anopérinéales récidivantes sans maladie de Crohn luminale (endoscopie haute et iléocoloscopie normales), traités par infliximab ou adalimumab dans 10 centres français (2006–2024), ont été inclus dans une cohorte rétrospective. La classification TOPCLASS permettait de caractériser l’atteinte. La rémission (disparition des écoulements), la réponse clinique et l’évaluation IRM étaient analysées. L’arrêt des anti-TNF (hors rémission), l’antibiothérapie ou une nouvelle chirurgie définissaient l’échec.
Résultat
66 patients ont été inclus. Tous avaient un antécédent de chirurgie périnéale (médiane 3) et 97% avaient des fistules complexes. Les critères TOPCLASS de MC anale isolée étaient présents chez 39%. Le suivi médian était de 28 mois, avec 19 mois d’exposition aux anti-TNF. À 12 et 36 mois, la réponse clinique était de 51% et 29%, et la rémission de 25% et 21%. En IRM, la réponse était de 52% et 21% et la rémission de 11% et 5%. Les trajets trans-sphinctériens et recto-vaginaux étaient associés à la rémission à 12 mois. Une MC luminale est apparue chez 15%. 5 EI dont 3 graves ont été rapportés. 55% ont nécessité une nouvelle chirurgie, 35% ont arrêté le traitement, surtout pour inefficacité.
Conclusion
Dans cette cohorte de patients présentant des fistules anopérinéales sans atteinte luminale de maladie de Crohn, un traitement par anti-TNF permettait d’obtenir une rémission clinique chez environ un quart des patients à un an. Au cours d’un suivi médian de deux ans, près d’un patient sur six développait secondairement une maladie de Crohn luminale, soulignant la possible évolution phénotypique de cette forme initialement isolée et la nécessité d’un suivi prolongé.
