Position du problème
La décompensation de cirrhose sous immunothérapie est la hantise de tout hépato-oncologue. Elle est non seulement responsable d’une suspension du traitement avec risque de progression carcinologique, mais entraîne également un surrisque de mortalité. Les scores de Child Pugh (CPS) et d’ALBI, certes très performants dans plusieurs situations cliniques, comportent des limites liés aux paramètres qui y sont pris en compte. L’objectif de cette étude était de développer un score prédictif de décompensation de cirrhose chez les patients atteints de CHC et traités par immunothérapie.
Méthode
Il s’agit d’une étude rétrospective multicentrique internationale. Etaient inclus les patients atteints d’une cirrhose compensée compliquée d’un CHC et traités par atézolizumab-bévacizumab (A/B). Le critère de jugement principal était la survenue d’un événement de décompensation (ED) clinique. Un score prédictif d’ED était construit à l’aide d’un modèle multivarié de Fine & Gray. La sélection des variables était menée sur une cohorte de développement, puis le score validé sur une cohorte de validation. Le score était comparé au CPS et au grade d’ALBI puis corrélé à la survie globale (SG).
Résultat
Dans la cohorte de développement (n=448), le risque d’ED à 2 ans était de 30,4%. Le score final retenait 5 variables : le grade ALBI, la présence de varices oesophagiennes de grade 2/3, l’antécédent de décompensation, l’épanchement intrapéritonéal radiologique et le taux de plaquettes en log(G/l). Le modèle obtenait un c de Harell médian (0.75) plus élevé que pour le CPS (0.57) et pour l’ALBI (0.62). Le score était significativement associé à la SG (HR = 1.48 par point). La performance du score a été confirmée dans une cohorte de validation externe (n=346) avec un c de Harell médian à 0.70 et une pente de calibration à 0.81, proche de l’idéal.
Conclusion
Un score intégrant le grade ALBI, l’antécédent de décompensation et des marqueurs d’HTP permet de prédire plus efficacement le risque de décompensation qu’un CPS ou un ALBI seuls. Ce risque est associé à l’arrêt du traitement ou au décès pour décompensation en l’absence de progression tumorale et doit être pris en compte lors des décisions thérapeutiques. Cependant, il s’agit d’une étude rétrospective uniquement chez des patients traités par A/B. Une validation de ces données d’une manière prospective est indispensable, et également chez des patients traités par durvalumab+tremelimumab.
