Les anatomopathologistes au secours des gastro-entérologues pour prédire le risque de récidive de maladie de Crohn après une RIC

Position du problème

Il est actuellement estimé qu’environ un patient sur six a besoin d’une résection iléo-colique dans les cinq ans suivant le diagnostic de maladie de Crohn. Le tabagisme est le seul facteur de risque (FDR) clairement identifié de récidive post-opératoire (RPO) dont la cotation par le score de Rutgeerts est l’outil de référence. Des caractéristiques histopathologiques ont été identifiées comme des FDR de RPO mais de manière rétrospective avec peu de patients et beaucoup de facteurs confondants. Cette étude vise à évaluer l'association entre ces caractéristiques et la récidive endoscopique.

Méthode

Large cohorte prospective multicentrique avec comme critère de jugement principal la récidive endoscopique postopératoire précoce d'une maladie de Crohn après résection iléo-colique (RIC) définie par un score de Rutgeerts modifié ≥ i2b à 6 mois. Des biopsies systématiques coliques et iléales ont été réalisées et relues en aveugle par 4 anatomopathologistes experts. Utilisation ensuite d'une régression logistique uni- et multivariée pour explorer l'association des caractéristiques histopathologiques.

Résultat

Au total, 293 patients (60% de femmes; âge médian 33 ans; résection primaire 79%, tabac actif 22%) ont subi une RIC après une durée médiane de la maladie de 5 ans.(IQR 0,9-12,4). La RPO a été observé chez 37% des patients. Un traitement prophylactique post-opératoire a été instauré chez 30 % des patients ( 54% sous anti TNF). En analyse multivariée, l'inflammation modérée à sévère (OR 4,6 ; 95%CI 1,1-19,5) au niveau de la marge de résection colique a été associée à la RPO. Aucune autre caractéristique histopathologique était associée de manière significative. Les traitements post-op (OR 0,3 ; 95%CI 0,2-0,7) et la maladie iléo-colique au moment de l'opération sont des facteurs protecteurs.

Conclusion

Dans cette étude, la valeur prédictive des caractéristiques histopathologiques des RIC de patients atteints de la maladie de Crohn pour une RPO précoce n'a pas été confirmée, à l'exception d'une inflammation modérée à sévère au niveau de la marge de résection colique. Par conséquent, il existe un besoin important de nouveaux biomarqueurs pour prédire de manière adéquate la RPO chez ces patients car jusqu’à 70 à 80 % des patients développeront des lésions endoscopiques dans les 18 mois suivant la RIC et pour éviter de sur traiter les 20-30% des patients restants.

Anne-Pauline VERGEAU, Poissy