Achalasie et cancer œsophagien : la surveillance s’impose

Position du problème

L’achalasie est un trouble moteur chronique de l’œsophage, responsable d’une dysphagie, de régurgitations et d’une perte de poids, en rapport avec un défaut de péristaltisme et de relaxation du sphincter inférieur de l'œsophage. La stase chronique et le reflux post-traitement semblent augmenter le risque de cancer œsophagien (adénocarcinome et carcinome épidermoïde). Cette étude visait à évaluer l’incidence, la prévalence et le risque global de cancer œsophagien chez les patients achalasiques.

Méthode

Il s’agit d’une étude rétrospective de cohorte utilisant la base mondiale TriNetX (≈100 millions de patients, 2000–2024). Les cas d’achalasie (CIM-10 K22.0) ont été appariés 1:1 à des témoins selon un score de propension. Le critère de jugement principal était l’incidence du cancer de l’œsophage. Des analyses en sous-groupe comparant patients traités (myotomie endoscopique ou chirurgicale, dilatation pneumatique) et non traités, et comparant myotomie endoscopique et chirurgicale ont également été réalisées.

Résultat

Entre 2000 et 2025, parmi les 49 079 patients avec achalasie, l’incidence du cancer de l’œsophage était de 926.3/100 000 habitants, avec une augmentation croissante avec le temps. Le risque de cancer de l’œsophage était multiplié par 7.3 par rapport aux témoins. Ce sur risque était observé à la fois pour l’adénocarcinome (HR 5.31) et pour le carcinome épidermoïde (HR 6.14). Le risque de cancer était également plus important chez les patients traités par rapport aux non traités (HR 2.28), mais était uniquement significatif pour l’adénocarcinome. La myotomie chirurgicale apparaissait comme protectrice de l'œsophagite par rapport à la myotomie endoscopique (HR 0.29).

Conclusion

Cette étude met en évidence que l’achalasie augmente nettement le risque de cancer œsophagien, que ce soit l’adénocarcinome ou le carcinome épidermoïde, en particulier après traitement. Ces données plaident pour une surveillance endoscopique prolongée et personnalisée, afin d’améliorer la détection précoce et la prévention du cancer dans cette population à haut risque.

Karine LOUVION, Paris