Arrêter l’adalimumab trop tôt : la fausse bonne idée dans la maladie de Crohn précoce

Position du problème

Les données actuelles suggèrent qu’une prise en charge précoce de la maladie de Crohn (MC), associée à un suivi étroit des patients, constitue la stratégie la plus efficace pour atteindre une rémission profonde et prévenir la progression de la maladie. Cependant, la possibilité d’interrompre les traitements anti‑TNF chez des patients atteints de MC précoce, ayant obtenu une rémission prolongée, demeure incertaine.

Méthode

Cette étude multicentrique prospective du groupe GETAID avait pour population cible les patients présentant une MC luminale de diagnostic récent (moins de 24 mois) et qui n’avaient jamais été exposés à une biothérapie. L'objectif principal était d’évaluer le taux de rémission profonde maintenue un an après l’arrêt d’un traitement par adalimumab, en rémission clinique et biologique à 6 mois et rémission profonde à 12 mois. Le critère principal de jugement était le taux de rémission profonde un an après l’arrêt du traitement.

Résultat

Au total, 171 patients ont été inclus. Parmi eux, 39,2% étaient fumeurs actifs, la durée médiane de la maladie était de 4 mois [2–9], et la répartition des localisations était de 42,7% iléales, 12,3% coliques et 44,4% iléo‑coliques. Douze pour cent présentaient une atteinte périanale et plus de 70% une forme purement inflammatoire. Après 12 mois de traitement par adalimumab, 22,2% des patients (38/171) ont atteint une rémission profonde. La traitement a été interrompu chez 31 patients, dont 7 (22,6%) ont maintenu une rémission profonde un an après l’arrêt, et 4% (7/171) de la cohorte totale à deux ans. Le délai médian entre l’arrêt du traitement et la première rechute était de 14 mois.

Conclusion

Cet essai évaluant la stratégie d'interruption d'anti TNF dans la MC, montre qu’un patient sur cinq obtient une rémission profonde sous traitement, et qu’un quart d’entre eux maintient la rémission à l’arrêt du traitement à 1 an. L’interruption du traitement anti‑TNF ne peut être recommandée, pour le moment, même chez les patients atteints de MC précoce en rémission prolongée. Un délai supérieur ou un arrêt progressif avant interruption doit se discuter.

Ana BEYRNE, Marseille