Barrett fait de la résistance !

Position du problème

Certaines recommandations suggèrent que les patients atteints d’un œsophage de Barrett (OB) doivent recevoir un traitement par inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) à dose standard afin de réduire le risque d’adénocarcinome œsophagien. Cependant, une étude a montré qu’un reflux pathologique peut persister à la pH-impédancemétrie malgré ce traitement. À ce jour, aucune étude n’a évalué spécifiquement le lien entre cette persistance d'un reflux pathologique et le risque néoplasique.

Méthode

Cette étude visait à évaluer la fréquence du reflux pathologique chez les patients avec OB sous IPP, ainsi que son lien potentiel avec la progression néoplasique. Il s’agissait d’une étude rétrospective multicentrique incluant 135 patients suivis pour un OB, asymptomatiques sous IPP à dose stable (dose standard ou forte dose), ayant bénéficié d’une manométrie haute résolution (MHR), d’une pH-impédancemétrie et d’une gastroscopie récente avec biopsies. Un temps d’exposition acide (TEA) > 6 % définissait un reflux pathologique.

Résultat

Les 135 patients inclus entre 2016 et 2025 avaient un âge moyen de 58 ans, et 73 % étaient des hommes. La moitié étaient sous IPP à fortes doses. Un reflux pathologique était présent chez 27 % des patients, dont les deux tiers sous IPP standard. En analyse multivariée, l’usage d’IPP à dose standard (OR 3,04 ; p=0,008) et la présence d’une hernie hiatale à la MHR (OR 2,52 ; p=0,047) étaient associés au reflux pathologique. Treize patients (10 %) présentaient une néoplasie, et le reflux pathologique était le seul facteur indépendant associé (OR 10,41 ; p<0,001).

Conclusion

Près d’un tiers des patients présentant un œsophage de Barrett asymptomatique gardent un reflux pathologique sous IPP, en particulier en cas de traitement à dose standard ou de hernie hiatale. Ce reflux est associé à un risque de néoplasie multiplié par dix. Ces résultats soulignent l’importance d’une évaluation objective du reflux, même en l’absence de symptômes, pour mieux cibler la prévention du cancer œsophagien chez ces patients.

Karine LOUVION, Paris