Crohn : les fibres qui protègent

Position du problème

L’étiologie de la maladie de Crohn (MC) reste incertaine, mais les facteurs alimentaires semblent jouer un rôle majeur. Dans un contexte d’incidence croissante et d’absence de traitement curatif, identifier des facteurs de risque modifiables est essentiel. Cette étude du registre prospectif GEM a évalué le lien entre la consommation de fibres fermentescibles et le risque ultérieur de développer une MC chez des sujets à risque.

Méthode

Étude de cohorte prospective menée chez des apparentés au premier degré de patients atteints de MC, inclus dans la cohorte GEM (Canada). À l’inclusion, un questionnaire alimentaire validé a permis d’estimer la consommation de cinq sous-types de fibres fermentescibles : pectine, β-glucane, inuline, fructo-oligosaccharides (FOS) et arabinoxylane. L’association entre la consommation de ces fibres et l’incidence de MC a été évaluée par analyse de survie. Les corrélations avec la perméabilité intestinale et la composition du microbiote fécal ont également été explorées.

Résultat

Parmi 2 659 participants suivis pendant une médiane de 8,9 ans, 76 ont développé une MC. Une consommation élevée d’inuline et de β-glucane était associée à une réduction significative du risque de MC (HR = 0,78 ; IC95 % : 0,61–0,99 ; p=0,04 pour les deux). Une faible consommation de pectine, inuline, FOS et β-glucane était corrélée à une perméabilité intestinale altérée (p<0,04). Une consommation élevée de pectine était associée à une plus grande diversité microbienne, tandis que les apports en inuline, FOS et pectine modifiaient le microbiote vers un profil protecteur, notamment une baisse de Ruminococcus torques et une hausse du groupe NK4A214 (phylum Firmicutes).

Conclusion

Dans cette étude prospective, une consommation accrue de fibres fermentescibles, en particulier d’inuline et de β-glucane, était associée à un moindre risque de développement de la MC. Ces fibres semblent agir via une amélioration de la fonction de barrière intestinale et une modulation favorable du microbiote. Ces résultats ouvrent la voie à des stratégies nutritionnelles préventives ciblant les sujets à risque de maladie de Crohn.

Hadrien ALRIC, Toulouse