Hormones et estomac : le traitement hormonal de la ménopause protège-t-il du cancer ?
Position du problème
Le cancer œsogastrique touche plus fréquemment les hommes, mais cette prédominance n’est que partiellement expliquée par la distribution des facteurs de risque connus. Chez les femmes, l’incidence augmente après 60 ans, suggérant un rôle potentiel de la ménopause et des modifications hormonales qui l’accompagnent dans le développement de ces cancers. Certaines études ont rapporté une réduction du risque associée au traitement hormonal de la ménopause (THM), mais des données plus robustes et mieux ajustées sont nécessaires pour confirmer cette association.
Méthode
Cette étude avait pour objectif d’évaluer l’association entre l’utilisation du THM et le risque de cancer œsogastrique. Il s’agissait d’une étude cas-témoins menée à partir des registres nationaux de 5 pays nordiques entre 1994 et 2020, incluant 19 518 femmes de plus de 45 ans atteintes d’un cancer œsogastrique (cas) et 195 000 témoins appariés sur l’âge, le pays et l’année. L’exposition au THM était analysée selon la dose cumulée, la voie d’administration (systémique ou locale) et la composition (œstrogènes seuls ou combinés). Les analyses ont été ajustées sur de nombreux facteurs de risque.
Résultat
Il y avait au total 5000 cas d’adénocarcinome de l’œsophage, 4401 cas de carcinome épidermoïde de l’œsophage et 10117 cas d’adénocarcinomes gastriques. Les femmes sous THM présentaient un risque significativement réduit de cancers œsogastriques en comparaison aux non-utilisatrices. Un effet dose-dépendant était observé pour les adénocarcinomes gastriques et de l’œsophage, mais pas pour les carcinomes épidermoïdes de l'oesophage. L’effet protecteur était plus marqué pour les THM combinés (oestrogènes et progestatifs) et pour la forme systémique par rapport à la forme locale.
Conclusion
Le traitement hormonal de la ménopause est associé à une diminution du risque de cancer œsogastrique, avec un effet dose-dépendant. L’association est plus forte avec les traitements systémiques et combinés. Ces résultats suggèrent un rôle protecteur des hormones féminines, bien que l’absence d’ajustement sur les facteurs socio-économiques en limite l’interprétation. Des études sont nécessaires pour élucider les mécanismes moléculaires de cet effet protecteur.
Karine LOUVION, Paris