Microbiote : dis-moi si je rechute
Position du problème
Entre 50 et 70 % des patients atteints de maladie de Crohn nécessitent une résection iléocæcale (RIC) au cours de leur vie. Néanmoins, la chirurgie n’est pas curative et les récidives endoscopiques sont fréquentes et observées le plus souvent au niveau de l’anastomose ou du néo-iléon terminal. L’objectif de cette étude était d’analyser le microbiote iléal muqueux au moment de la chirurgie (M0) et 6 mois après (M6), afin d’identifier les facteurs microbiens associés à la récidive post-opératoire.
Méthode
Certains patients de la cohorte POP-REMIND (cohorte prospective multicentrique incluant des patients bénéficiant d’une RIC pour une maladie de Crohn) ont été inclus. Les patients exposés aux antibiotiques périopératoires ont été exclus. Des échantillons muqueux ont été prélevés sur la pièce opératoire (M0) et durant la coloscopie à 6 mois (M6), puis analysés par séquençage 16S. Les liens entre microbiote et récidive endoscopique (score de Rutgeerts) ont été évalués.
Résultat
140 patients ont été inclus à M0 et 125 patients à M6. La composition du microbiote différait selon la récidive endoscopique (I0-I1 vs I2-I4). Les données comparatives entre chaque stade de Rutgeerts mettaient en évidence une évolution du microbiome selon le stade suggérant une fluctuation des bactéries impliquées au cours du temps. Les modifications du microbiote étaient différentes selon la localisation (anastomose ou iléon). La prédiction du score de Rutgeerts à M6 était moyenne (ROC approximativement à 0,6) lorsque le score global de Rutgeerts (anastomose et iléon) était utilisé, mais meilleur si on s'intéressait au microbiome distinctement au niveau de l'anastomose et de l'iléon.
Conclusion
Le microbiote iléal associé au risque de récidive post-opératoire de Maladie de Crohn est un processus dynamique. Les différences de profils microbiens entre anastomose et iléon suggèrent des mécanismes pathogéniques distincts. Le microbiome à M0 est modérément capable de prédire le risque de récidive à M6. Actuellement, il n'y a donc pas d'impact de ces résultats sur notre pratique clinique.
Karine LOUVION, Paris