Œsophagite à éosinophiles : pas de cancer sans reflux
Position du problème
L’œsophagite à éosinophiles (OeE) est une maladie inflammatoire chronique de l’œsophage. Certaines études ont suggéré un lien possible entre OeE et cancer de l’œsophage, mais les résultats restent controversés. Cette étude internationale visait à évaluer le risque réel de cancer de l’œsophage chez les patients atteints d’OeE, en distinguant les formes « pures » d’OeE de celles associées à un reflux gastro-œsophagien (RGO) ou à un endobrachyœsophage (EBO).
Méthode
Étude rétrospective multicentrique utilisant la base de données mondiale TriNetX (près de 100 millions de dossiers). Deux cohortes de patients atteints d’OeE (2000–2025) ont été comparées à des témoins sains après appariement par score de propension : • Cohorte A : OeE avec ou sans RGO/EBO (n = 92 447) • Cohorte B : OeE « pure », sans RGO ni EBO (n = 32 270) Le risque de cancer de l’œsophage a été comparé entre groupes, avec ajustement sur l’âge, le sexe, les antécédents familiaux, l’usage d’IPP et d’autres pathologies œsophagiennes.
Résultat
Dans la cohorte A, 44 cas de cancer de l’œsophage ont été observés contre 31 chez les témoins, correspondant à un risque accru (HR 1,68 ; IC95% 1,06–2,66 ; p = 0,026). En revanche, dans la cohorte B (OeE sans RGO ni EBO), seuls 10 cas de cancer de l’œsophage ont été recensés dans chaque groupe, sans différence significative (HR 0.89 ; IC95% 0,29–2,75 ; p = 0,844). Aucune différence n’a été retrouvée selon le type histologique (adénocarcinome vs carcinome épidermoïde) ni selon la localisation tumorale.
Conclusion
Dans cette étude, l’OeE « pure » n’est pas associée à un sur-risque de cancer de l’œsophage. L’augmentation apparente du risque observée dans certaines publications pourrait être liée à la présence concomitante d’un RGO ou d’un EBO. En pratique, aucune surveillance spécifique du cancer de l’œsophage ne paraît nécessaire chez les patients présentant une OeE isolée, en l’absence de ces comorbidités.
Hadrien ALRIC, Toulouse