Position du problème
Les femmes atteintes de MICI pourraient présenter un risque accru d’anomalies cervicales liées au HPV, en raison de l’inflammation chronique et des traitements immunosuppresseurs. Cependant, les stratégies de dépistage optimales restent incertaines, avec des divergences entre les recommandations cliniques et des preuves limitées dans cette population.
Méthode
L’objectif de cette étude espagnole est d’estimer la proportion de frottis anormaux, d’identifier les facteurs associés et d’évaluer l’observance du dépistage.
C’est une étude cas-témoins rétrospective multicentrique à partir du registre espagnol ENEIDA. Les femmes âgées de 25 à 65 ans ayant au moins une cytologie cervicale (2015-2024) ont été incluses. Les cas étaient définis par toute cytologie anormale et les témoins par une cytologie normale de façon persistante. Une régression logistique multivariée a été réalisée pour identifier les facteurs de risque indépendants.
Résultat
778 femmes ont été incluses, dont 100 (12.9%) présentaient une cytologie anormale. Parmi elles, les lésions étaient classées ASCUS (36 %), LSIL (47 %) et HSIL (16 %). Concernant le type de maladie, 51,7 % avaient une maladie de Crohn et 48,3 % une rectocolite hémorragique ou une MICI inclassée. L’exposition à l’azathioprine était rapportée chez 51,9 % des patientes et aux biothérapies chez 39,2 %.
En analyse multivariée, l’exposition à l’azathioprine était indépendamment associée à une cytologie anormale (OR 1,74 ; IC à 95 % 1,07-2,84 ; p = 0,026), tandis que la vaccination contre le HPV avant ou à 26 ans montrait un fort effet protecteur (OR 0,24 ; IC à 95 % 0,13-0,45 ; p < 0,001).
Aucune association n’a été observée avec les biothérapies, les corticoïdes ou le tabagisme. L’observance du dépistage du cancer du col de l’utérus était insuffisante.
Conclusion
Dans cette large cohorte multicentrique, les anomalies de la cytologie cervicale étaient fréquentes et l’observance du dépistage faible.i
L’exposition à l’azathioprine est apparue comme un facteur de risque indépendant, tandis que la vaccination précoce contre le HPV était fortement protectrice.
Ces résultats soulignent l’importance du dépistage chez les femmes atteintes de MICI et renforce la recommandation de suivi gynécologique régulier.
