Position du problème
L’amputation abdominopérinéale (AAP) avec stomie est le traitement de dernier recours pour les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Malheureusement une suppuration périnéale chronique persiste chez certains patient.
L’objectif de cette étude, menée par le groupe de recherche Paris IBDU, était d’identifier les patients à risque de développer une suppuration périnéale chronique après la chirurgie.
Méthode
Cette étude rétrospective multicentrique a inclus 131 patients opérés entre 2010 et 2024, dans cinq centres experts de la région parisienne. Parmi eux, 93 avaient une maladie de Crohn (70,9 %).
Le critère principal était la présence de lésions périnéales non cicatrisées à 12 mois, définies par une fistule, une ulcération ou une suppuration à l’examen clinique. Les facteurs associés étaient recherchés par régression logistique multivariée. L’effet des traitements avancés introduits dans les trois mois suivant l’intervention était également étudié.
Résultat
L’étude a inclus 131 patients, dont 71 % atteints de Crohn, avec un suivi médian de 4,9 ans. La cicatrisation périnéale était obtenue chez 66,4 % des patients à six mois et 77,1 % à un an. Parmi les 30 patients non cicatrisés à un an (22,9 %), 21 n’ont jamais cicatrisé au cours du suivi.
En analyse multivariée, l’activité périnéale à l’intervention, un diagnostic de MICI avant 13 ans, l’hidradénite suppurée et le cancer anal étaient associés à la non-cicatrisation. L’épiplooplastie était protectrice (OR ajusté 0,26 ; p = 0,04). Les traitements avancés introduits préventivement après l’intervention n’étaient associés à aucun bénéfice sur la cicatrisation ou les réinterventions. Le risque cumulé de nouvelle chirurgie périnéale atteignait 20 % à cinq ans.
Conclusion
La cicatrisation périnéale après AAP pour MICI est obtenue chez 77 % des patients à 12 mois. Les atteintes périnéales actives, le diagnostic précoce, la maladie de Verneuil et le cancer du canal anal sont associés à la chronicisation, tandis que l’omentoplastie est protectrice. Une thérapie avancée précoce n’améliore pas la cicatrisation.
Malgré son caractère rétrospectif, cette étude permet d’identifier les patients nécessitant une surveillance particulière de la cicatrisation périnéale.
