Objectifs pédagogiques
- Connaître les facteurs diététiques favorisant le RGO
- Connaître les régimes recommandés dans le RGO et leur efficacité
- Connaître l’impact de la perte de poids dans le RGO
- Savoir à quels patients les prescrire
L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt avec sa présentation.
Reflux gastro-œsophagien ; régimes alimentaires ; tabac
RGO : reflux gastro-œsophagien, IPP : inhibiteurs de la pompe à protons ; SIO : sphincter inférieur de l’œsophage ; RTSIO : relaxations transitoires du SIO ; CCK : Cholécystokinine ; AGCC : acides gras à chaîne courte ; IMC : index de masse corporelle ; FODMAPs : fermentescible oligo di-mono-saccharides and polyols.
Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est défini par la remontée du contenu gastrique dans l’œsophage qui occasionne symptômes et/ou lésions de la muqueuse œsophagienne. Étant donné le rôle majeur de la composante acide du « matériel de reflux », les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) représentent la pierre angulaire du traitement du RGO et sont largement prescrits pour soulager les symptômes et cicatriser les lésions muqueuses (œsophagites). Néanmoins, certaines « règles hygiéno-diététiques » font partie de la prise en charge thérapeutique du RGO, dont plusieurs ont fait la preuve de leur efficacité comme la surélévation de la tête du lit et le respect d’un délai de 2 à 3 heures entre le repas et le coucher (1). Le rôle de l’alimentation est souvent mis en avant par les patients, dont un grand nombre associe la survenue des symptômes à la prise de certains aliments. Une étude récente a montré que 85 % des patients pouvaient identifier au moins un aliment occasionnant des symptômes de reflux (2). Cependant, il existe beaucoup d’idées reçues sur le rôle de l’alimentation et l’intérêt des régimes (en particulier d’exclusion) dans la prise en charge du reflux, la plupart non fondées sur des données solides.

Figure 1 : Facteurs alimentaires impliqués dans les mécanismes de reflux gastro-oesophagien
La prise d’un repas a plusieurs conséquences sur la physiologie œso-gastrique : diminution du tonus du sphincter inférieur de l’œsophage (SIO), augmentation du nombre de relaxations transitoires du SIO (RTSIO), elles-mêmes induites par la distension et la relaxation de l’estomac proximal (3). Ces effets sont médiés par la stimulation des afférences vagales, par l’étirement de mécanorécepteurs de la paroi fundique, et modulés par les effets de neuropeptides comme la cholécystokinine (CCK), peptide libéré par voie endogène par la présence de lipides dans la lumière duodénale. C’est pourquoi la nature du repas ingéré va avoir des conséquences sur l’importance des effets décrits, fonction de la charge calorique et de la teneur en lipides. Le ralentissement de la vidange gastrique induit par un repas hypercalorique va prolonger la distension gastrique, l’hypotonie du SIO et favoriser la survenue de RTSIO (4). Néanmoins, il est difficile de faire la part entre ce qui est lié à la charge calorique du repas et à son contenu en lipides. Plusieurs études ont montré qu’à charge calorique équivalente, la composition en lipides n’avait pas d’influence significative sur le tonus du SIO et le nombre de RTSIO, tant chez le sujet sain que chez les patients avec RGO (5, 6). En revanche, à charge calorique équivalente, et donc à exposition acide équivalente, la composante lipidique du repas va clairement augmenter la perception des reflux (7). Cet effet « d’hypersensibilité au reflux » induite par les lipides est médié par la libération endogène de CCK et son action sur les afférences vagales, effet également démontré pour la perception des symptômes de dyspepsie fonctionnelle (8, 9).
Si la composante protéique d’un repas a peu d’impact sur la physiologie œso-gastrique, le rôle des hydrates de carbones a largement été évalué. Leurs effets sur la motricité œso-gastrique passent par l’intermédiaire de leurs produits de fermentation, essentiellement les acides gras à chaîne courte (AGCC), produits au niveau colique. La perfusion colique de ces AGCC induit une relaxation fundique, une diminution du tonus du SIO et une augmentation du nombre de RTSIO (10). Chez des patients avec RGO, l’enrichissement d’un repas en prébiotiques (fructo-oligosaccharide), en amplifiant la fermentation colique et la production d’AGCC, augmente le nombre de RTSIO, de reflux acides, et les symptômes, par un mécanisme encore mal élucidé mais pouvant faire intervenir des peptides endogènes (GLP-1) (11).
Certains aliments sont capables de diminuer la pression du SIO comme le café (mais pas le décaféiné) (12), le chocolat (13), le vin blanc (14). Il a également été montré que le vin blanc, la bière (14) et le chocolat (15) augmentaient l’exposition acide de l’œsophage. En revanche, il n’a pas été montré d’effets significatifs en termes de pression du SIO ou de reflux de la consommation d’agrumes ou d’aliments épicés. Cependant, les études sont relativement anciennes et probablement critiquables sur le plan méthodologique.
Les liens entre obésité et RGO sont bien établis mais les mécanismes impliqués dans le reflux gastro-œsophagien (RGO) chez le patient obèse sont mal connus. Il a été montré un nombre plus important de RTSIO chez les patients obèses (16), mais il existe maintenant des études qui permettent de confirmer ce que le bon sens suggérait : l’obésité est un facteur de RGO en raison de l’augmentation de la pression abdominale et des contraintes exercées sur la jonction œso-gastrique. Les arguments les plus convaincants sont fournis par une étude en manométrie haute résolution (17). Cette étude montre qu’il existe une corrélation étroite entre la pression intragastrique et l’index de masse corporelle (IMC), corrélation encore plus étroite si le tour de taille est considéré. Ces 2 paramètres étaient également étroitement corrélés au gradient de pression entre l’abdomen (pression positive) et l’œsophage (pression intra-thoracique, négative), particulièrement pendant l’inspiration. En effet, l’obésité est responsable d’efforts inspiratoires plus importants, ce qui accentue la différence de pression entre l’abdomen et le thorax. Enfin, cette étude a montré que plus le tour de taille augmente (et non l’IMC) plus la distance axiale entre le SIO et le diaphragme augmente, ce qui suggère un rôle de l’obésité dans le développement de la hernie hiatale. Toutes ces conséquences ont un effet facilitateur du RGO. L’effet du tour de taille (obésité androïde) est probablement plus important que l’IMC seul, ce qui pourrait expliquer par exemple que les hommes ont des complications du RGO (œsophage de Barrett et cancer) plus fréquemment que les femmes.
De très nombreuses études ont montré que l’obésité représentait un facteur de risque important de RGO et de ses complications (4, 18). D’une manière générale le risque relatif de développer un RGO symptomatique est de 2 à 3, avec une augmentation linéaire en fonction de l’IMC (19). À titre d’exemple, dans une étude chez 453 employés hospitaliers répartis en 3 groupes selon l’IMC, inférieur à 25, entre 25 et 30 et supérieur à 30, les prévalences des symptômes de reflux étaient de 23,3 %, 26,7 %, et 50 % et de 12,5 %, 29,8 %, et 26,9 % pour l’œsophagite érosive, respectivement (20). Une méta-analyse regroupant 102 études et plus de 460 000 patients a confirmé ces résultats (21).
Même s’il existe quelques discordances dans la littérature probablement liées à des difficultés méthodologiques (différences entre charge calorique et contenu en graisses) plusieurs études ont montré une corrélation entre la consommation de graisses saturées et la présence de symptômes de RGO (4, 18). Dans l’étude de El-Serag et al., la consommation de graisses saturées et de cholestérol était associée au RGO indépendamment de la charge calorique des repas, mais après ajustement sur l’IMC, l’association n’était retrouvée que chez les patients en surpoids (IMC>25) (22). À noter que dans cette étude la consommation de fibres semblait avoir un effet protecteur.
Les études concernant thé et café sont contradictoires (4, 18). Deux études, dont une chinoise, n’ont pas mis en évidence de lien entre consommation de thé/café et les symptômes de RGO (23, 24). Néanmoins, dans une étude récente portant sur 48 000 infirmières sans RGO documenté (suivi de 262 000 patients-années), la consommation de thé, café ou sodas augmentait d’environ 30 % le risque d’avoir des symptômes de reflux au moins une fois par semaine, alors que la consommation d’eau, de lait ou de jus de fruit n’avait pas d’impact (25). La consommation de boissons gazeuses ne semble pas non plus augmenter le risque de RGO (26).
Si certains alcools ont montré des effets physiologiques favorisant le RGO, les données épidémiologiques concernant la consommation d’alcool comme facteur de risque de RGO sont non concluantes. La plupart des études n’ont pas retrouvé d’association significative (4) ce qui a été confirmé par la méta-analyse de Eusebi et al. réalisée à partir de 24 études : la prévalence des symptômes de RGO était légèrement plus élevée chez les buveurs d’alcool que chez les non-buveurs (20,3 % vs. 18,1 %), mais sans différence significative (OR 1,11 ; IC 0,85 à 1,46) (21).
Les effets physiologiques du tabac sur la jonction œso-gastrique sont peu connus, mais il existe d’autres mécanismes potentiels pouvant expliquer l’augmentation du risque de RGO comme la diminution de la sécrétion salivaire ou les efforts de toux. Cependant, la plupart des études disponibles ont confirmé l’association entre tabagisme et RGO. Dans la méta-analyse de Eusebi et al. réalisée à partir de 30 études, la prévalence des symptômes de reflux gastro-œsophagien était plus élevée chez les fumeurs comparativement aux non-fumeurs (19,6 % vs. 15,9 % ; OR1,26 ; IC 1,04 à 1,52) (21).
De nombreuses études ont montré que la perte de poids permettait de réduire la prévalence des symptômes de RGO (1). Deux études en population ont montré l’efficacité de la perte de poids. La première chez 29 000 patients montrait une diminution du risque de RGO d’un facteur 2 (symptômes) à 4 (prise de traitement anti-reflux) chez les patients ayant perdu au moins 3,5 points d’IMC (27). La deuxième menée chez 10 000 infirmières confirme ces résultats avec une diminution du risque de 36 % pour la même perte de poids (19). Des essais randomisés sur de petits effectifs ont montré l’impact de la perte de poids en termes de symptômes et d’exposition acide œsophagienne. Un essai randomisé incluant 330 patients a montré que le groupe inclus dans un programme de perte pondérale (IMC passant de 34,7 à 30,2) avait moins de symptômes de reflux que les patients du groupe témoin (15 vs. 37 %) (28).
S’il est bien montré que la consommation en graisses était associée au RGO, nous n’avons pas retrouvé d’étude interventionnelle dont l’objectif était spécifiquement d’évaluer un régime pauvre en graisses, ces régimes étant difficiles à mener à charge calorique équivalente.
Il existe plusieurs études évaluant les régimes appauvris en hydrates de carbone (HC) dans le RGO. Une petite étude chez 8 patients avec obésité morbide et régime apportant moins de 20 g d’HC par jour a montré un bénéfice sur les symptômes et l’exposition acide œsophagienne en pHmétrie (29). Une étude randomisée française menée chez 31 patients avec RGO réfractaire a comparé un régime appauvri en FODMAPs et les conseils diététiques habituels donnés dans le RGO : il n’existait pas de différence significative en termes de symptômes ou de paramètres de pH-impédancemétrie (30). Une étude américaine récente menée chez 95 vétérans américains a comparé 4 régimes différents de 9 semaines (charge calorique équivalente) selon la composition totale en HC et en sucres simples (mono et disaccharides) : il existait une amélioration en pHmétrie uniquement dans le groupe qui réduisait les sucres simples, mais une amélioration symptomatique dans tous les groupes qui réduisaient la consommation en sucres (rapides ou non) (31). Ces résultats démontrent de manière solide l’utilité d’un régime appauvri en HC.
Une étude japonaise a évalué l’impact de l’arrêt du tabac chez 141 patients comparés à 50 patients en échec du sevrage (étude non randomisée) : le sevrage était associé à une amélioration des scores symptomatiques et de qualité de vie (32). L’étude scandinave portant sur 29 000 patients a montré que le sevrage tabagique diminuait de manière significative les symptômes de RGO mais uniquement chez les patients de poids normal (IMC <25), les résultats n’étant plus significatifs chez les patients en surpoids ou obèses (33), ce qui signifie probablement qu’en cas d’obésité d’autres facteurs que le tabac jouent un rôle plus important.
Nous n’avons pas retrouvé d’étude évaluant l’impact de la consommation d’alcool sur la prévalence des symptômes de RGO.
Il est habituel de conseiller aux patients de réduire ou supprimer les aliments qui provoquent des symptômes de RGO. Cette attitude a récemment été validée par une étude italienne chez 100 patients dont 85 ont signalé au moins un aliment déclencheur [aliments épicés (62 %), chocolat (55 %), pizza (55 %), tomate (52 %), des aliments frits (52 %)]. Après 2 semaines d’élimination des aliments incriminés, le score moyen RGO-Q était amélioré, le pyrosis avait diminué de 93 à 44 % des patients, tandis que les régurgitations avaient diminué de 72 à 28 %. Environ la moitié des patients ont accepté de continuer avec seulement des recommandations diététiques (2).
Tableau 1 – Principales mesures diététiques recommandées dans le RGO
| Effets physiologiques | Études en population | Études d’intervention | Recommandation | |
| Perte de poids | +1 | + | + | oui |
| Diminution de l’alimentation riche en graisses | +2 | + | _ | oui |
| Diminution des hydrates de carbones | + | + | + | oui |
| Réduction de la consommation de café, Thé, Sodas | ? | +/- | – | oui |
| Diminution des prises d’alcool | +3 | – | – | non |
| Réduction du tabac | ? | + | + | oui |
| Supprimer les aliments déclenchant les symptômes | ? | + | + | oui |
1. effet démontré pour l’obésité
2. effet démontré pour la charge calorique difficile en pratique à différencier de la teneur en graisses, la teneur en graisse augmente la perception des reflux
3. effet démontré pour le vin blanc et la bière
L’alimentation et l’obésité jouent un rôle essentiel dans la survenue des symptômes de RGO selon des mécanismes qui sont maintenant mieux connus, et les règles hygiéno-diététiques font partie intégrante des dernières recommandations publiées sur la prise en charge du RGO (34, 35). Ces conseils devraient théoriquement être prodigués à tous les patients souffrant de RGO, même si leur capacité à faire disparaître totalement les symptômes (objectif difficile à atteindre) ou à diminuer les prises médicamenteuses est mal connue. L’impact de la perte de poids est maintenant bien démontré (indépendamment de toute chirurgie bariatrique) et un régime amaigrissant doit être proposé chez les patients en surpoids souffrant de RGO. La diminution de la charge calorique des repas diminue la survenue des épisodes de reflux, et la teneur en lipides, souvent difficile à différencier de la charge calorique, semble plutôt intervenir dans la perception des épisodes de reflux. Le rôle des hydrates de carbone est moins bien connu des médecins, mais les études disponibles ont bien montré leur effet sur la physiologie œso-gastrique et le bénéfice clinique des régimes pauvres en sucres en général, et en sucres rapides en particulier. Le bon sens qui suggère de supprimer ou de réduire la consommation d’aliments que le patient a identifiés comme pouvant provoquer ou aggraver des symptômes est maintenant validé par une étude clinique. Le café, le thé et les sodas sont bien associés aux symptômes de reflux, et même s’il n’existe pas d’étude d’intervention pour le démontrer, une réduction de leur consommation peut également être conseillée. Enfin, si l’effet physiologique du tabac sur la jonction œso-gastrique est mal connu, les données issues des études en population et d’intervention sont solides et la diminution voire l’arrêt du tabac doivent être conseillés chez les patients avec RGO.
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