Objectifs pédagogiques
- Connaître les indications de la rééducation abdomino-périnéale et savoir identifier les patient(e)s pouvant en bénéficier
- Connaître les méthodes
- Connaître les résultats
- Savoir prescrire
- Savoir quand arrêter
Aucun
Rééducation ; incontinence anale ; incontinence fécale ; biofeedback ; auto-exercices ; électrostimulation
BFB : biofeedback
CV ; contraction volontaire
EMG : électromyographie
ESF : électrostimulation fonctionnelle
IA : incontinence anale
IF : incontinence fécale
LARS : syndrome de résection antérieure du rectum
TFD : troubles fonctionnels de la défécation
La rééducation abdominopérinéale regroupe l’ensemble des procédés physiques qui sont en mesure d’assurer un renforcement des capacités fonctionnelles des muscles striés du plancher pelvien, des sphincters de l’anus, de la perception rectale à la distension et de la synergie défécatoire. La rééducation doit être globale et comprendre un abord périnéo-sphinctérien, associé à un abord de la sangle abdominale. Elle regroupe des procédés aussi divers que de l’éducation thérapeutique avec conseils comportementaux, des exercices musculaires supervisés ou en autonomie, de la stimulation électrique, de la rééducation de la perception rectale et la coordination des muscles abdomino-pelviens. Il existe différentes techniques de rééducation (exercices du plancher pelvien, biofeedback, électrostimulation, thérapies manuelles, etc.). Le principe directeur est que tout comportement renforcé de manière répétée peut être appris et perfectionné.
Les techniques de rééducation périnéales sont pratiquées depuis l’Antiquité dans la médecine chinoise mais ont été décrites en médecine occidentale en 1948 par le Dr Arnold Kegel, gynécologue américain, inventeur des exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien (exercices de Kegel) (1).
Dans les années 80 est apparu le biofeedback (BFB) instrumental qui « est une technique utilisant un équipement habituellement électronique pour révéler aux êtres humains certains évènements physiologiques internes normaux ou anormaux sous forme de signaux visuels ou auditifs. Elle consiste à leur apprendre à manipuler ces événements involontaires ou inconscients en donnant du sens aux signaux représentés » (2).
Le recueil des données peut être électromyographique ou manométrique. Bien que moins évalué dans la littérature, le BFB manométrique est le seul qui permet d’apporter les informations sur la perception de la réplétion rectale et l’augmentation de la pression rectale en poussée abdominale. Le BFB peut être positif (à visée de renforcement des muscles striés aussi appelé « exercices de renforcement des muscles du plancher pelvien ») ou négatif (à visée de relaxation des muscles pelvipérinéaux). Les moyens utilisés sont des électrodes de contact autocollantes, des sondes anales courtes (type Anuform®) ou longues (type Analys®), des sondes pressions à simple ou double ballonnet. Le BFB peut être réalisé dans différentes positions : semi-assis, en décubitus latéral, debout et en passage assis-debout. Le BFB peut être effectué en centre de soins et/ou à domicile avec le matériel adéquat, après un apprentissage auprès d’un thérapeute expert.
Dans certaines indications, la rééducation peut être accompagnée d’une électrostimulation fonctionnelle (ESF) excito-motrice qui consiste en l’application d’un courant électrique sur une zone du corps humain dans le but d’obtenir une tétanisation musculaire réflexe ou contraction involontaire. Les fréquences et les largeurs d’impulsion utilisées varient en fonction des fibres que l’on souhaite stimuler, fibres toniques I ou phasiques II. Les valeurs diffèrent un peu selon les auteurs, de 40 à 100 Hz pour les fibres de type II et de 5 à 40 Hz pour les fibres de type I. Il est démontré sur le plan expérimental que l’ESF des muscles du plancher pelvien provoque une hypertrophie des fibres musculaires, une transformation des fibres à contraction rapide en fibres à contraction lente et une augmentation des bourgeonnements axonaux par amélioration des transmissions synaptiques.
La rééducation comportementale doit également accompagner toutes les prises en charge à l’aide d’échelles visuelles analogiques, calendrier des selles, de conseils comportementaux, posturaux, et conseils hygiéno-diététiques, etc.
Les indications de la rééducation abdominopérinéale sont vastes et comportent le traitement de l’incontinence fécale, la dyssynergie défécatoire, les symptômes liés aux troubles de la statique pelvienne, les douleurs pelvipérinéales chroniques, les complications de certaines chirurgies (LARS) et les complications de l’accouchement en post partum. La rééducation des enfants encoprésiques ne sera pas abordée dans cette mise au point. Les contre-indications au BFB sont les déficits neurologiques sévères, les troubles cognitifs, les déficiences visuelles ou auditives (rendant impossible le rétrocontrôle) et la fissure anale hyperalgique (3).
La rédaction d’une ordonnance de rééducation est très simple, car elle ne précise que l’indication de la rééducation. La durée et la fréquence des séances, de même que la technique utilisée ne doivent théoriquement plus être précisées (depuis l’article L4321-1 du Code de la santé publique de 2000, modifié par la loi Rist d’avril 2021).
D’après les critères de ROME IV, les TFD sont définis par la présence de symptômes cliniques évocateurs d’une constipation en association avec une dyssynergie recto-sphinctérienne authentifiée. Par définition la dyssynergie rectosphinctérienne doit être confirmée sur au moins deux examens complémentaires parmi la manométrie anorectale, le test d’expulsion du ballonnet, l’EMG du sphincter anal ou une imagerie pelvienne dynamique (4, 5).
L’utilisation de la rééducation abdominopérinéale et en particulier du BFB dans cette indication a été largement étudiée depuis les années 1990. L’objectif du BFB dans le traitement des TFD est triple (6, 7) :
Pour ne citer que les études randomisées contrôlées, elles concluent à une supériorité de la rééducation anorectale par BFB dans 70 à 80 % des cas, en comparaison à un traitement médical associé à des règles hygiéno-diététiques (8, 9, 10, 11), à des laxatifs (12), à un traitement par diazepam (13), ou à des séances de rééducation simulées (7, 10, 14). Une méta analyse conclut à la supériorité de la rééducation par BFB vs rééducation sans BFB (15).
Certaines études sont en faveur d’une dégradation des bénéfices après 6 à 12 mois et conseillent la réalisation de séances d’entretien pour anticiper cette perte d’efficacité (16, 17, 18, 19). Ainsi, à partir d’une cohorte de 347 patients souffrant de TFD, Lee et al. ont démontré que le bénéfice initial de la rééducation sur les symptômes de constipation était maintenu chez respectivement 82 %, 65 %, 60 % et 58 % après 6 mois, 1, 2 et 5 ans de suivi (18).
Le nombre de séances varie selon les études. Il semble que 4 à 6 séances soient nécessaires au minimum à raison d’une à deux fois par semaine. En l’absence d’amélioration symptomatique après 20 séances, il n’y a probablement pas de bénéfice à poursuivre la rééducation.
Aucune donnée ne permet actuellement de normaliser à la fois les équipements ou les protocoles rééducatifs. À l’heure actuelle, des protocoles thérapeutiques de BFB reposant sur l’EMG et la manométrie ont été utilisés et semblent tous deux efficaces, mais il n’existe pas d’essais comparatifs. Les sondes EMG sont moins chères, plus durables. Les sondes manométriques peuvent faciliter l’apprentissage de la coordination recto-anale et l’entraînement sensoriel.
Les recommandations de la Société Nationale Française de Colo-Proctologie (SNFCP) sur l’intérêt de la rééducation anorectale des troubles fonctionnels de la défécation sont résumées dans le tableau 1.
Tableau 1 : Recommandations SNFCP 2025 sur la rééducation anorectale dans les troubles fonctionnels de la défécation
| Recommandations SNFCP 2025 | Niveau de recommandation |
| La rééducation anorectale est recommandée pour le traitement des patients atteints de TFD avec une efficacité démontrée à court et moyen-terme | Grade A |
| La rééducation anorectale doit comprendre une correction de la dyssynergie recto-sphinctérienne et si nécessaire de la poussée abdominale. | Grade C |
| La rééducation anorectale du TFD doit être réalisée à l’aide d’un signal manométrique ou électromyographique anal pour la correction de la dyssynergie recto-sphinctérienne (biofeedback) associé au contrôle manométrique ou manuel de la poussée. Il est possible d’ajouter un travail d’expulsion d’un ballonnet rectal rempli au volume entraînant la perception d’un besoin exonérateur. | Grade C |
| La stimulation électrique périnéale n’a pas sa place dans les techniques de rééducation anorectale utilisées en cas de TFD isolé. | Grade B |
| Il est préférable de réserver la rééducation anorectale aux patients souffrant de constipation fonctionnelle associée à une dyssynergie recto-sphinctérienne diagnostiquée selon les dernières recommandations et cela quel que soit son type. | Grade C |
| Il n’existe pas de résultat des explorations fonctionnelles anorectales qui soit prédictif du succès ou non de la rééducation chez les patients ayant un TFD. Aucun résultat d’exploration fonctionnelle (en dehors de ceux utilisés pour le diagnostic de TFD) ne devrait restreindre l’accès à la rééducation. | Grade C |
| Il est recommandé d’associer la rééducation anorectale aux conseils hygiéno-diététiques et, si nécessaire, à des traitements de la constipation (laxatifs, suppositoires, lavements) pour améliorer les résultats de la rééducation sur les TFD. | Grade C |
| L’existence d’une douleur chronique associée au TFD peut limiter le succès de la rééducation anorectale. | Grade C |
| En l’absence de données scientifiques, il est recommandé de faire bénéficier les patients avec troubles fonctionnels de la défécation d’une rééducation anorectale avant d’effectuer un traitement plus invasif dont l’efficacité n’est pas démontrée (chirurgie, toxine). | Accord d’experts (100 %) |
| L’existence d’une douleur chronique ne contre-indique pas le recours à la rééducation anorectale. | Accord d’experts (94 %) |
| L’existence d’un syndrome de l’intestin irritable avec trouble fonctionnel de la défécation ne contre-indique pas la réalisation d’une rééducation anorectale. | Accord d’experts (100 %) |
| La sévérité des troubles fonctionnnels de la défécation, leur durée, la prise de laxatifs, la réalisation de manœuvres d’évacuation manuelles ne contre-indiquent pas la réalisation d’une rééducation anorectale. | Accord d’experts (100 %) |
| L’existence de troubles psychologiques tels que l’anxiété, la dépression, les troubles du comportement alimentaire, d’antécédents d’agression sexuelle ne contre-indiquent pas la réalisation d’une rééducation anorectale. Il est conseillé d’accompagner cette rééducation d’une prise en charge psychologique. | Accord d’experts (97 %) |
| En cas de difficultés pour réaliser les séances de rééducation avec un thérapeute, il est possible de proposer aux patients un travail à domicile encadré par des séances régulières avec un thérapeute. | Accord d’experts (90 %) |
| Le succès de la rééducation anorectale sur les troubles fonctionnels de la défécation repose sur l’efficacité clinique et non sur la correction de la dyssynergie et/ou des efforts de propulsion inadéquats. | Accord d’experts (78 %) |
NB : Accord d’experts (% d’agrément)
L’incontinence anale (IA) est une pathologie fréquente et invalidante définie par des fuites de matières fécales et/ou de gaz. Elle se distingue de l’incontinence fécale (IF) qui ne concerne que les pertes fécales en excluant l’incontinence isolée aux gaz. Les critères de ROME IV définissent l’IF comme étant caractérisée par des pertes répétées (> ou = à 2) et incontrôlées de matières fécales depuis plus de 3 mois. Elle est pathologique après l’âge de 4 ans (5). La prévalence de l’IF varie en fonction des études épidémiologiques entre 7 et 15 % de la population active. Elle peut atteindre 50 à 70 % chez des patients âgés vivant en institution. Avec l’âge, la plupart des études épidémiologiques n’observent pas de différence majeure de prévalence entre les populations féminines (8,9 %) ou masculines (8,1 %) (20, 21).
Chez les personnes souffrant d’IF persistante malgré une régulation du transit et de la consistance des selles, il est recommandé de recourir à des stratégies rééducatives du périnée. Celles-ci seront idéalement précédées d’une manométrie anorectale afin d’identifier les mécanismes d’IF précis chez chaque patient et notamment de rechercher une anomalie de la perception rectale accessible à la rééducation mais difficile à apprécier cliniquement.
Les objectifs de la rééducation dans l’incontinence fécale sont triples :
Tableau 2 : Différent types de fibres du sphincter anal externe. [d’après Leroi A.M. et al. (43)]
| Type de fibre musculaire | I | II |
| Endurance | Élevée | Faible |
| Fonction | Contraction tonique et essentiellement impliquée dans le tonus de repos | Contraction rapide, essentiellement impliquées dans la contraction volontaire |
| Énergie utilisée | Oxygène | Glucose |
| Fatigabilité | Faible | Élevée |
Les données suggérant l’efficacité de la rééducation anorectale dans l’IF sont principalement issues d’études non randomisées. Ces données rapportent une amélioration des symptômes d’incontinence dans 60 à 80 % des cas à court et long termes. Toutes ces études rapportent l’efficacité du biofeedback comme technique de renforcement des muscles du plancher pelvien. Les modalités de rétrocontrôle étaient pour la plupart des études au moyen d’un BFB manométrique (23, 25, 22, 26, 27, 28). Plusieurs études rapportent une efficacité maintenue dans le temps à plus d’un an (29). L’efficacité à long terme (> 7 ans) est rapportée dans une étude de grande envergure chez des patients répondeurs à une phase d’induction de 6 semaines à raison d’une séance par semaine (30).
Ces données ont ensuite été complétées par des études comparatives randomisées dont les principaux résultats sont plus mitigés et résumés ci-dessous :
L’étude de Norton et al. (31) a été le premier essai randomisé à comparer l’efficacité du biofeedback (BFB) à celle d’un traitement médical standard pour l’incontinence fécale (IF) en analysant quatre groupes : éducation seule, éducation + exercices, éducation + BFB en institution et éducation + BFB à domicile. À 6 mois, 54 % des patients ayant reçu uniquement de l’éducation ont montré une amélioration, sans qu’aucun exercice ne démontre un bénéfice significatif. Trois méta-analyses de la Cochrane n’ont pas trouvé de preuves suffisantes pour soutenir l’efficacité de la rééducation, avec ou sans BFB, sur les symptômes d’IF (32).
L’étude de Jelovsek et al. (33), également randomisée, n’a révélé aucune différence entre les groupes BFB, lopéramide, éducation et placebo, soulignant l’importance de l’éducation dans le traitement initial de l’IF. En 2018, Ussing et al. ont comparé le renforcement des muscles du plancher pelvien par BFB à une kinésithérapie de contrôle et ont trouvé que le groupe BFB rapportait une amélioration globale significativement plus importante (OR : 5,16 IC 2,18-12,19 ; p<0,0002).
L’effet manométrique de la rééducation par BFB est évalué dans plusieurs études et retrouve des améliorations de la pression anale de repos, de la contraction volontaire et de la perception rectale illustrée par une réduction du volume seuil de perception de besoin.
Les études menées par Sjodal et al. (34) et Jelovsek et al. (33) n’ont pas trouvé d’efficacité du BFB par rapport au traitement médical standard, que ce soit seul ou en association avec des régulateurs du transit et de l’éducation. De plus, deux essais comparant le BFB à l’injection d’agents de comblement ont donné des résultats contrastés : l’étude de Delhi et al. (35) n’a montré aucune différence entre les groupes, tandis que celle de Netto et al. (36) a révélé une supériorité des agents de comblement, avec une réduction du score de continence (CCIF) de 4,2 points pour le groupe traité par agents de comblement contre 0,8 point pour le groupe BFB avec électrostimulation. L’essai français de Henri Damon et al. (37) a conclu à une amélioration des scores d’incontinence (Wexner) de plus de 3 points plus fréquente dans le groupe BFB + traitement médical en comparaison au traitement médical seul. À noter que ce protocole comportait 20 séances de BFB, ce qui est nettement plus important que les protocoles des autres études.
L’ajout d’une électrostimulation fonctionnelle est également recommandé dans la prise en charge rééducative de l’IF. En 2007, Terra et al. (38) dans une large étude de cohorte sur 281 patients a montré une efficacité de l’association BFB+ électrostimulation (50Hz par sessions de 20 min) avec une réduction du score de Vaizey chez 60 % des patients, un score inchangé chez 23 % ou dégradé chez 17 % d’entre eux. Ces données ont été confirmées dans d’autres essais (39, 40). Par la suite, une revue systématique (41) ainsi qu’une revue de la Cochrane (42) étaient en faveur d’un effet bénéfique potentiel de l’électrostimulation lors des séances de renforcements des muscles sur PP par BFB pour IF. Les courants d’ESF sont appliqués au moyen d’une sonde anale (type Anuform®) ou d’électrodes cutanées périnéales et peuvent ainsi stimuler le sphincter anal externe et/ou le muscle releveur de l’anus. Aucune sonde n’est actuellement remboursée en France pour la rééducation anorectale.
Plusieurs études ont identifié des facteurs associés au succès d’un traitement par BFB dans l’incontinence fécale : l’absence de défect sphinctérien en échographie endoanale, la présence des scores d’incontinence modérément dégradés avant traitement, la conservation d’une contraction volontaire et d’une perception rectale peu altérée en manométrie, la compliance aux séances de BFB et aux auto-exercices de PFMT.
Enfin la rééducation anorectale par BFB à visée de renforcement des muscles du plancher pelvien doit être complétée par des auto-exercices à domiciles réalisés en autonomie par le patient (tableau 3).
Tableau 3 : Exemple de protocole d’auto-rééducation complémentaire du BFB pour une incontinence fécale [d’après Damon et al.
|
Auto-rééducation quotidienne à domicile |
Fibre de type I ou « fibres lentes ». Pour le travail de ces fibres : le patient ne doit pas chercher à serrer au maximum. | – 20 contractions de 4 à 8 sec avec un temps de repos égal au temps de travail. Fréquence : 2 fois par jour. – 2 contractions de 30 secondes en position couchée, 2 contractions de 30 secondes en position assise, 2 contractions de 30 secondes en position debout |
| Fibre de type II ou « fibres rapides » | – Contractions de 2 secondes – repos 4 secondes. – Répéter dix fois en cherchant à serrer au maximum. Fréquence : 2 fois par jour |
Aucune donnée dans la littérature ne permet de définir a priori le nombre de séances de rééducation nécessaire, mais certaines études rapportent une efficacité au bout de 4 à 6 séances. En l’absence d’amélioration après 20 séances, il ne semble pas y avoir de bénéfice à poursuivre la rééducation de l’incontinence fécale, tout ceci dépend des progrès réalisés par le patient et constatés par le thérapeute.
Les recommandations de la SNFCP sont résumées dans le tableau 4.
Tableau 4 : Recommandations SNFCP 2025 sur la rééducation anorectale dans l’incontinence fécale
| La rééducation anopérineale par BFB est indiquée dans la prise en charge de l’incontinence fécale | Grade B |
| Le renforcement des muscles du plancher pelvien par BFB est supérieur aux renforcements des muscles du plancher pelvien sans BFB dans l’IF. | Grade A |
| La rééducation anopérineale par BFB modifie les performances sphinctériennes et les troubles de la perception rectale responsables des symptômes d’incontinence. | Grade A |
| Le BFB dans l’incontinence fécale doit être associé à une éducation, un apprentissage d’une bonne hygiène défécatoire et un traitement médical régulateur du transit. | Grade A |
| Le BFB avec électrostimulation est supérieur au BFB sans électrostimulation dans l’IF. | Grade A |
| La réalisation d’une manométrie anorectale permet de mettre en évidence des troubles de la perception rectale qui ne sont pas évaluables à l’examen clinique et de guider la rééducation par BFB | Accord d’experts (87 %) |
| Le BFB dans l’incontinence anale doit être complété par des auto-exercices de renforcement du plancher pelvien réalisés en autonomie par le patient. | Accord d’experts (94 %) |
| Dans la prise en charge de l’incontinence fécale, la rééducation par BFB doit se faire au moyen d’une sonde endo anale. | Accord d’experts (81 %) |
| Le BFB manométrique est recommandé dans la prise en charge de l’incontinence fécale avec troubles de la perception rectale. | Accords d’experts (100 %) |
| Le nombre minimal de séance de BFB pour incontinence fécale doit être de 6. Il pourra être augmenté en fonction des progrès du patient. | Accord d’experts (83 %) |
| En cas d’absence d’amélioration de la continence après 20 séances de BFB, il n’est pas recommandé de poursuivre la rééducation. | Accord d’experts (97 %) |
| En cas de perte d’efficacité à distance d’un premier cycle de rééducation pour incontinence fécale, des séances d’entretien sont indiquées. | Accord d’experts (100 %) |
NB : Accord d’experts (% d’agrément)
Les troubles de la statique rectale comprennent le prolapsus total du rectum, le prolapsus rectal interne et la rectocèle. Ils peuvent être associés à d’autres troubles de la statique pelvienne, à un trouble fonctionnel défécatoire de type dyssynergie défécatoire ou à une incontinence. L’objectif de la rééducation abdominopérinéale est l’amélioration des symptômes liés aux troubles de la statique rectale (pesanteur, dyschésie, incontinence) et non la correction des anomalies anatomiques.
Le traitement du prolapsus rectal extériorisé est chirurgical. Une seule étude rapporte les résultats d’une rééducation à type de renforcement des muscles du plancher pelvien par BFB en péri opératoire d’une cure chirurgicale de prolapsus rectal extériorisé et retrouve une amélioration significativement plus élevée des scores d’incontinence dans le groupe BFB que dans le groupe chirurgie seule. Le facteur prédictif de succès était un tonus anal de repos plus élevé avant la rééducation (44).
Concernant la procidence rectale interne, plusieurs études de cohortes suggèrent l’efficacité du renforcement des muscles du plancher pelvien supervisé par un kinésithérapeute avec ou sans BFB et renforcé par des auto-exercices dans l’amélioration des scores de continence et la diminution la dyschésie (45, 46, 47, 48).
Concernant la rectocèle, 2 études ouvertes ont évalué l’efficacité de la rééducation abdomino-périnéale par BFB (49, 50) sur les symptômes de constipation chez des patients ayant une rectocèle. Dans l’étude de Mimura et al. ayant évalué 25 patientes à 10 mois, une amélioration majeure était rapportée chez 14 patientes (56 %) et une amélioration modérée chez 4 (16 %) patientes. Dans l’étude de Hicks et al. ayant évalué 90 patientes à 3 mois (suivi moyen), 64 patientes (71,1 %) étaient améliorées. Les modalités de la RAR sont hétérogènes dans les études.
Dans ces indications les modalités de rééducation et les nombres de séances sont hétérogènes et ne peuvent permettre de soumettre un nombre de séances minimal ni une modalité de rééducation optimale et sont donc laissés à l’appréciation du thérapeute.
Tableau 5 : Synthèses de recommandations SNFCP sur la rééducation anorectale et trouble de statique rectale
| La rééducation anorectale associée à la chirurgie de correction du prolapsus peut améliorer la continence anale chez les patients ayant un prolapsus total du rectum en complément de la correction chirurgicale. | Grade C |
| La rééducation anorectale de type de renforcement des muscles du plancher pelvien avec ou sans BFB permet d’améliorer la continence et la dyschésie chez les patients ayant une procidence rectale interne. | Grade C |
| La rééducation anorectale par BFB peut être proposée en première intention dans le traitement de la constipation en lien avec une rectocèle en complément d’un traitement médical bien conduit. | Grade C |
| L’existence de plusieurs troubles de la statique rectale chez les patients ayant une constipation d’évacuation n’influencerait pas l’effet de la rééducation anorectale. | Grade C |
| L’existence d’un prolapsus rectal interne chez les patientes ayant une rectocèle serait un facteur prédictif d’efficacité de la rééducation anorectale. | Grade C |
| Dans les troubles de la statique rectale, les modalités de la rééducation anorectale peuvent être influencées par l’existence d’une insuffisance sphinctérienne ou d’un asynchronisme abdominopelvien ; l’examen clinique est souvent suffisant mais la manométrie anorectale/défécoIRM-graphie peuvent apporter confirmation en cas de doute. | Accord d’experts (100 %) |
| La chirurgie peut être proposée en cas d’échec de la rééducation anorectale chez les patientes ayant une procidence rectale interne et/ou une rectocèle. | Accord d’experts (90 %) |
| Concernant le prolapsus total du rectum, la prise en charge chirurgicale est peu discutée et nécessaire avant rééducation anorectale éventuelle pour corriger l’anomalie anatomique. | Accord d’experts (84 %) |
| L’objectif de la rééducation anorectale dans les troubles de la statique rectale est d’améliorer les symptômes liés au prolapsus (dyschésie, pesanteur, incontinence) et non de corriger l’anomalie anatomique. | Accord d’experts (100 %) |
NB : Accord d’experts (% d’agrément)
Les douleurs pelviennes chroniques regroupent de nombreuses entités nosologiques comme le syndrome des muscles releveurs de l’anus, les névralgies pudendales ou clunéales, les syndromes myofasciaux et les syndromes de sensibilisation centrale ou périphérique à la douleur.
Le syndrome des muscles releveurs de l’anus est défini selon les critères de Rome IV par la présence de tous les critères suivants au cours des trois derniers mois, avec une apparition des symptômes au moins six mois avant le diagnostic : douleur rectale chronique ou récurrente, épisode douloureux de plus de 30 minutes, présence d’une sensibilité lors de la traction du muscles puborectal et l’exclusion d’autres causes de douleur anorectale. Dans cette indication, le BFB à visée de relaxation des muscles releveurs de l’anus a été évalué dans un essai randomisé controlé (51) sur 157 patients et retrouve une amélioration des douleurs après un mois de biofeedback chez 87 % des patients, contre 45 % pour l’électrostimulation et 22 % pour le massage simple sans BFB. Ces résultats ont été maintenus à 12 mois, avec une amélioration clinique après 9 séances de BFB. Une autre étude publiée en 2011 incluant 158 patients ayant une proctalgie chronique a montré que le biofeedback était plus efficace que l’injection de toxine botulique et la neuromodulation des racines sacrées (52).
Les douleurs de névralgies pudendales sont liées à une compression du nerf pudendal au niveau de son passage dans le canal d’Alcock en position assise et se manifestent par une douleur neuropathique (fourmillements, brûlures, picotements, décharges électriques et engourdissements) dans le territoire du nerf pudendal allant de l’anus jusqu’à la partie distale du pénis ou du clitoris. Le diagnostic est posé par l’interrogatoire et la présence d’une douleur répondant aux critères de Nantes (53) (tableau 6). Le rôle de la rééducation sur les douleurs névralgiques semble reposer plutôt sur le soulagement des syndromes myofasciaux fréquemment associés. Il en est de même pour les douleurs de névralgies clunéales ou les syndromes d’hypersensibilisation centrale ou périphérique. La kinésithérapie est fréquemment utilisée dans la prise en charge pratique de ces syndromes myofasciaux. Les techniques peuvent être diverses : thérapies manuelles par massage des « zones gachettes », BFB à visée de relaxation, électrostimulation galvanique (ESG : il s’agit d’une électrostimulation à courant continu utilisée pour la sédation de points douloureux très localisés, pour des points gâchettes), correction posturale, técarthérapie (autre forme d’électrothérapie par radiofréquence de 300kHz à 1MHz) ou la neurostimulation tibiale postérieure (TENS). Plusieurs essais randomisés contrôlés, études de cohortes ou séries de cas rapportent une réduction des scores de douleur de ces prises en charges multimodales (54, 53, 55). Le recours à un kinésithérapeute spécialisé en douleur pelvienne est un élément de succès clairement établi (56).
Tableau 6 : Critères de Nantes de diagnostic de névralgie pudendale (d’après Labat et al.)
| Douleurs de topographie pudendale |
| Douleurs positionnelles : exacerbation de la douleur en position assise |
| Douleurs soulagées en position allongée / la nuit |
| Absence de déficit neurologique sensitivomoteur |
| Soulagement temporaire après bloc anesthésique du nerf pudendal |
Tableau 7 : Synthèse des recommandations SNFCP sur la rééducation et les douleurs pelviennes chroniques
| Recommandations générales | |
| La rééducation anorectale pour la douleur pelvienne chronique doit être multimodale, combinant plusieurs techniques, notamment : Massage myofascial ciblant les points gâchettes, Massage d’étirement de Thiele, Biofeedback négatif, Électrostimulation galvanique, Correction posturale, Tecarthérapie. | Grade B |
| Un programme progressif d’exercices à domicile et de rééducation comportementale doit être inclus dans le processus de réhabilitation. | Grade B |
| Les manœuvres endocavitaires sont recommandées. | Grade B |
| Les séances doivent être réalisées par un kinésithérapeute spécialisé en douleur pelvienne chronique. | Grade B |
| Proctalgies chroniques | |
| La rééducation anorectale est indiquée pour le traitement de la proctalgie chronique. | Grade B |
| Le biofeedback négatif est une technique de rééducation non invasive, approuvée et considérée comme traitement de première ligne pour la proctalgie chronique. | Grade B |
| La physiopathologie de la proctalgie chronique peut être partiellement expliquée par une dyssynergie abdomino-périnéale. Cette condition est traitée par biofeedback négatif, pouvant être combiné avec la radiofréquence pulsée (tecarthérapie). | Grade C |
| L’électrostimulation galvanique est moins efficace que le biofeedback. Elle peut être proposée en seconde intention pour la proctalgie chronique. | Grade B |
| Les données issues de la manométrie anorectale, notamment le test d’expulsion du ballonnet, peuvent être un facteur prédictif de réponse au biofeedback chez les patients souffrant de proctalgie chronique. | Grade C |
| Le massage digital endo-anal peut être proposé en monothérapie ou en combinaison avec d’autres techniques de rééducation. | Grade C |
| La prise en charge en kinésithérapie de la proctalgie chronique inclut des approches comportementales adaptées et des mesures d’hygiène de vie, comme les bains de siège. | Grade C |
| La rééducation anorectale pour la proctalgie chronique doit être proposée aux patients motivés, prêts à s’engager dans l’auto-rééducation. | Accord d’experts (87%) |
| En l’absence de soulagement de la douleur ou de relâchement du muscle élévateur de l’anus après 10 séances, il n’y a pas de bénéfice à poursuivre la rééducation. | Accord d’experts (87%) |
| Il n’y a pas suffisamment de preuves pour recommander la rééducation anorectale dans la proctalgie fugace. | Accord d’experts (84%) |
| En l’absence d’autres options thérapeutiques, la rééducation anorectale peut être proposée aux patients souffrant de proctalgie fugace invalidante affectant leur qualité de vie. Cela inclut le biofeedback négatif combiné à des techniques globales de relaxation. | Accord d’experts (83%) |
| Si aucun soulagement de la douleur n’est observé après 10 séances, la rééducation anorectale pour la proctalgie fugace doit être arrêtée. | Accord d’experts (90%) |
| Névralgies pudendales et clunéales | |
| Malgré des études limitées, la rééducation anorectale est recommandée pour les patients souffrant de névralgie pudendale ou clunéale due à une compression nerveuse, lorsqu’elle est associée à des syndromes myofasciaux du plancher pelvien et des rotateurs externes de la hanche (piriforme, obturateur interne). | Accord d’experts (87%) |
| En rééducation pour la névralgie pudendale ou clunéale, les techniques favorisant la relaxation musculaire doivent être prioritaires. | Accord d’experts (97%) |
| Les manœuvres endocavitaires sont recommandées, en particulier en cas d’hypertonie du muscle élévateur de l’anus associée à une névralgie pudendale ou clunéale. | Accord d’experts (82%) |
| Un programme progressif d’exercices à domicile doit faire partie de la rééducation pour la névralgie pudendale ou clunéale. | Accord d’experts (90%) |
| Il n’existe pas de nombre prédéfini de séances nécessaires pour soulager une névralgie pudendale ou clunéale. | Accord d’experts (100%) |
| Syndromes Myofasciaux et Sensibilisation Régionale/Centrale | |
| La rééducation anorectale est recommandée pour le traitement des syndromes myofasciaux dans la région anorectale. | Grade A |
| Il n’existe pas de nombre prédéfini de séances nécessaires pour les syndromes myofasciaux et les syndromes de sensibilisation régionale/centrale. | Accord d’experts (100%) |
| Les séances de rééducation pour les syndromes myofasciaux peuvent être réalisées une fois par semaine pendant une heure, en complément d’une auto-rééducation. | Accord d’experts (82%) |
| Douleurs Pelviennes Liées à l’Endométriose | |
| La rééducation anorectale est recommandée pour le traitement des douleurs liées à l’endométriose profonde avec atteinte anorectale, dans le cadre d’une prise en charge multimodale de la douleur. | Grade B |
| Il n’existe pas de nombre prédéfini de séances nécessaires pour les douleurs pelviennes liées à l’endométriose profonde affectant la région anorectale. | Accord d’experts (100%) |
| Les séances de rééducation pour les douleurs pelviennes liées à l’endométriose profonde affectant la région anorectale peuvent être réalisées une fois par semaine pendant une heure, en complément d’une auto-rééducation. | Accord d’experts (82%) |
La période du postpartum se définit comme la période qui débute à la naissance de l’enfant à la fin du douzième mois après l’accouchement (57). La rééducation abdominopérinéale en post partum est très largement répandue en France, et prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie, en cas d’incontinence urinaire persistante 3 mois après l’accouchement ou en cas d’incontinence anale. L’intérêt de cette rééducation chez des patientes asymptomatiques ou sans lésions des sphincters de l’anus (LOSA), n’est pas clairement établi.
Concernant l’IF du post partum, des essais rapportent l’efficacité du BFB sur les symptômes d’IF à court terme, sans évaluation de qualité à long terme et ce même chez des patientes avec LOSA (59, 60). L’ajout d’une ESF n’améliore pas les performances du BFB (61). La rééducation anorectale du postpartum serait efficace sur les symptômes d’incontinence anale, les impériosités et la qualité de vie, qu’elle soit débutée précocement (avant la 6e semaine) ou tardivement. Une étude compare la rééducation par voie endoanale à la voie endovaginale dans la prise en charge de l’IF du post partum. Fynes et al. retrouvaient une efficacité supérieure de la rééducation anorectale par BFB EMG endoanale avec ESF comparée à une rééducation par BFB manométrique endovaginale pendant 12 semaines. Les valeurs manométriques moyennes de la pression anale de repos et de la CV maximale étaient significativement augmentées dans le groupe BFB endoanal+ ESF contrairement au groupe BFB endovaginal, sans que l’on puisse déterminer si cette différence est liée au siège de la sonde (anal ou vaginal), au type de BFB (manométrie ou EMG), ou à l’ESF ajoutée (40). La réalisation d’autoexercices supervisés pendant une période de 12 semaines est recommandée en complément des séances de rééducation. L’inobservance et la présence d’une rupture occulte du sphincter anal sont des facteurs d’échec de la rééducation de l’IF du post partum (62).
Tableau 8 : Synthèse des recommandations SNFCP 2025 sur la rééducation en post partum
| Chez les femmes ayant eu une LOSA, une rééducation multimodale supervisée débutée entre la 2e et 4e semaine peut diminuer la survenue des symptômes anorectaux et pelvi-périnéaux dans leur ensemble. | Grade C |
| La rééducation anorectale débutée après la 6e semaine pourrait diminuer la fréquence des symptômes d’incontinence anale du post partum. | Grade C |
| Une rééducation par EMPP débutant tardivement, à la fin de la période du post-partum, est efficace sur l’incontinence anale, y compris sur le symptôme d’urgence. | Grade B |
| La rééducation supervisée de l’IA du post partum durant au moins 12 semaines, chez des patientes ayant ou non une LOSA, est efficace sur la fréquence des symptômes d’IA, mais également sur la qualité de vie, semblant aussi diminuer les symptômes d’urgence fécale. | Grade B |
| Les programmes de rééducation supervisés permettent une amélioration de la qualité de vie et des scores de continence, chez les patientes avec LOSA et incontinence anale, plus importante qu’une prise en charge standard sans rééducation ou non supervisée. | Grade B |
| Le BFB EMG par voie endo anale pendant 12 semaines est efficace dans le traitement de l’IA du post-partum. | Grade C |
| Le BFB EMG par voie endovaginale semble moins efficace que par le BFB manométrique par voie endoanale dans l’IA du post-partum. | Grade C |
| L’électrostimulation fonctionnelle peut être utilisée comme technique facilitatrice d’apprentissage de la CV mais n’apporterait pas de bénéfice sur les symptômes d’incontinence anale du post partum. | Grade B |
| Une rupture sphinctérienne non diagnostiquée ou récidivée, comme une incontinence anale plus sévère, sont des facteurs de risque de mauvais résultat de la rééducation de l’incontinence anale du post-partum. | Grade B |
| Les données de la manométrie anorectale ne modifient pas aujourd’hui les modalités de la rééducation de l’IA du post- partum, et ne sont pas un élément prédictif de l’efficacité de la rééducation. | Grade B |
| L’EEA prédit un mauvais résultat de la rééducation en cas de rupture sphinctérienne résiduelle de plus de 90°. | Grade B |
| Toutes les patientes, même asymptomatiques, devraient bénéficier au minimum d’une inspection périnéale afin de mettre en évidence des signes évocateurs de LOSA passées inaperçues en salle de naissance, ou récidivées après réparation. | Accord d’experts (97 %) |
| Les facteurs limitant l’observance à la rééducation anorectale démontrés pendant la période du post-partum précoce sont le manque de temps et le manque de motivation en l’absence de symptômes. | Accord d’experts (94 %) |
| La mesure du temps de latence du nerf pudendal n’est pas recommandée dans le cadre de la prise en charge rééducative de l’incontinence anale du post partum. | Accord d’experts (100 %) |
| La réalisation d’une manométrie anorectale n’est pas recommandée avant la rééducation d’une incontinence anale du post partum, mais doit être envisagée en cas d’échec après un nombre de séances de rééducation jugé suffisant par le rééducateur. | Accord d’experts (91 %) |
| Les programmes de rééducation supervisés ayant fait la preuve d’une efficacité sur la fréquence et le retentissement de l’incontinence anale du post-partum durent au moins 12 semaines. | Accord d’experts (79 %) |
| En post-partum, la sévérité de l’incontinence anale ou urinaire, l’âge, la parité, la sévérité des LOSA, et le niveau d’anxiété/ dépression ne semblent pas limiter l’observance à la rééducation anorectale. | Accords d’experts (75 %) |
NB : Accord d’experts (% d’agrément)
Le syndrome de résection antérieure du rectum (LARS) est un mauvais résultat fonctionnel d’une chirurgie de résection rectale le plus souvent pour cancer et se traduit par des troubles défécatoires, des troubles de la continence anale, aux gaz et/ou aux selles, des impériosités anales, une fragmentation des selles avec une sensation d’évacuation incomplète, et une polychésie. Sept essais randomisés (63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70), 2 séries comparatives prospectives (71, 72) et 2 séries comparatives rétrospectives (73, 68) ont comparé la rééducation anorectale au traitement médical seul (règles hygiéno-diététiques et/ou lopéramide). Quatre des 7 essais randomisés rapportent une amélioration significative de la fréquence des selles, la sévérité de l’incontinence anale, la survenue d’impériosités et la qualité de vie en faveur d’une rééducation par BFB. L’efficacité à long terme de la rééducation est incertaine et difficilement évaluable en raison d’une amélioration spontanée du LARS durant la première année. Il paraît donc légitime de proposer une rééducation par association d’exercices de réhabilitation musculaire avec du biofeedback chez des patients souffrant de LARS avec trouble de la continence.
Le syndrome de l’ulcère solitaire du rectum est une pathologie dont le mécanisme n’est pas totalement bien compris mais serait lié à une contraction paradoxale du muscle puborectal en poussée à l’origine de lésions muqueuses traumatiques. Les données de la littérature laissent penser que la rééducation (associant biofeedback avec un travail postural et l’usage des muscles abdominaux pour l’effort défécatoire et l’apprentissage d’une hygiène défécatoire) améliore le flux sanguin muqueux (74) et les paramètres manométriques (75). Les symptômes d’USR sont améliorés dans 62 % des cas à 9 mois (76) avec une probable perte d’efficacité à long terme (30 % à 36 mois) (77). L’efficacité de la rééducation sur l’aspect endoscopique est variablement rapportée par les séries : une cicatrisation est observée dans 31 % (74) à 55% (78) des cas, alors que pour d’autres, la RAR n’a aucun effet (76, 77). La rééducation par BFB à visée de relaxation du canal anal lors des efforts de poussée est efficace à court terme sur les symptômes d’USR, en complément d’un traitement médical visant à corriger le trouble du transit sous-jacent (Grade C).
Dans la fissure anale chronique avec hypertonie anale (documentée en manométrie), le recours à une rééducation par BFB à visée de relaxation des muscles du plancher pelvien pourrait accélérer la vitesse de cicatrisation et diminuer le risque de récidive (79). La rééducation n’a pas de place dans la prise en charge de la maladie hémorroïdaire isolée.
Tableau 9 : Synthèse des recommandations de la SNFCP sur la rééducation dans certaines situations chirurgicales
| La rééducation par BFB à visée de relaxation du canal anal lors de efforts de poussée est efficace à court terme sur les symptômes d’USR en complément d’un traitement médical visant à corriger le trouble du transit sous-jacent. | Grade C |
| La rééducation anorectale à visée de renforcement des muscles du plancher pelvien avec BFB est recommandée dans la prise en charge du LARS, principalement en cas d’IA. | Grade A |
| L’efficacité à long terme de la rééducation anorectale sur les symptômes d’ulcère solitaire du rectum est inconnue | Accord d’experts (93 %) |
| La présence d’une maladie hémorroïdaire ne contre indique pas la réalisation d’une rééducation anorectale. | Accord d’experts (100 %) |
NB : Accord d’experts (% d’agrément)
La rééducation anopérinéale est une thérapeutique complexe par son mécanisme encore mal compris, la grande variété des protocoles et dispositifs existant rendant l’analyse des données délicate et la rareté des praticiens experts en rééducation anorectale. La rééducation en général, et le BFB en particulier, est une approche qui repose beaucoup sur la volonté du patient et qui n’a pas d’effets indésirables. Cependant, elle n’est proposée que dans quelques centres experts en kinésithérapie pelvienne (www.afrepp.org/annuaire/ ; www.annuaire.ippp.fr/ ; www.eirpp.com/annuaire). Afin de traiter un grand nombre de patients, différents programmes d’auto-formation à domicile ont vu le jour et ont été évalués dans des études non contrôlées. Cet auto-exercice doit être supervisé par un professionnel. Cependant, il n’existe pas de dispositif standard ou approuvé. Bien connaître les indications, les non-indications et les modalités de prescriptions est indispensable pour optimiser la prise en charge des patients.
Remerciements aux membres du comité de rédaction des recommandations SNFCP :
Dr Amine Alam, Mme Gwendoline Basile (Kinesithérapeute), Mme Christine Bataillon (Afrepp), Mme Sylvie Billecocq (Afrepp), Dr Najima Bouta, Pr Charlène Brochard, Dr Charlotte Desprez, Pr Jean-Luc Faucheron, Pr Anne-Marie Leroi, Mme Martine Loobuyck (Kinesithérapeute), Dr Diane Mege, Dr Pauline Roumeguere, Pr Aurélien Venara, Pr Véronique Vitton.
Remerciements aux 32 experts qui ont voté les avis d’experts (50 % de gastroentérologues, 30 % de kinésithérapeutes et 20 % de chirurgiens colorectaux) :
Pr Laurent Abramowitz, Dr Amine Alam, Mme Gwendoline Basile, Mme Christine Bataillon (Afrepp), Mme Sylvie Billecocq (Afrepp), Dr Najima Bouta, Pr Charlène Brochard, Mme Laurene Bonnet, Dr Dominique Bouchard, M. Guillaume Carnaux (Afrepp), Mme Helene Collangelli (Afrepp), Pr Henri Damon, Dr Charlotte Desprez, Pr Emilie Duchalais, Dr Farouk Drissi, Pr Jean-Luc Faucheron, Mme Chloé Fougeroud, Dr Nadia Fathallah, Mme Delphine Girard (Afrepp) Pr Anne-Marie Leroi, Dr Anne Laurain, Mme Martine Loobuyck, Dr Diane Mege, Pr Guillaume Meurette, Dr Vincent de Parades, Dr Pauline Roumeguere, Pr Laurent Siproudhis, Dr Ghislain Staumont, Dr Lucas Spindler, Pr Aurélien Venara, Dr Béatrice Vinson-Bonnet, Pr Véronique Vitton.
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