Objectifs pédagogiques
- Connaître le rationnel d’une politique d’éco-responsabilité en endoscopie
- Savoir identifier les problématiques écologiques d’un bloc d’endoscopie
- Connaître les principales solutions à mettre en œuvre et les prioriser
Abbvie (congrès, board), Sandoz (congrès)
Réchauffement climatique ; Empreinte carbone de l’endoscopie ; Co-bénéfices
CO2e : CO2équivalent
GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ADEME : Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
L’écologie désigne la science qui étudie les interactions des êtres vivants entre eux et avec leur milieu. Pour la terre on distingue 4 milieux principaux : biosphère, lithosphère, hydrosphère et atmosphère. Dans cette présentation nous nous intéresserons aux conséquences atmosphériques (empreinte carbone) de l’endoscopie.
Le changement climatique est lié à l’accumulation de gaz à effets de serre dans l’atmosphère, principalement du fait des activités humaines depuis la révolution industrielle (figure 1). Le principal gaz responsable de l’effet de serre est le dioxyde de carbone. À visée de simplification les autres gaz à effets de serre sont rapportés à celui du dioxyde de carbone et exprimés en CO2équivalent (CO2e).

Figure 1 : L’effet de serre (d’après aquaportail.com)
L’empreinte carbone se définit comme la quantité totale de gaz à effets de serre générée directement ou indirectement par un individu, un produit, un évènement ou une organisation et exprimée en CO2e.
Le réchauffement climatique est un problème de santé publique. En effet l’augmentation des gaz à effets de serre a des conséquences directes (vagues de chaleur, incendies, tempêtes, inondations) et indirectes (accès à la nourriture et à l’eau potable, extension de maladies tropicales vers les zones tempérées, incidence croissante des épidémies, mortalité précoce liée à la pollution) sur la santé humaine (1-4).
Le secteur de la santé contribue pour une part non négligeable (8 % en France) aux émissions de carbone (5). Les soins intensifs et la réanimation, le bloc opératoire et l’endoscopie sont considérés comme les 3 principaux émetteurs (6).
L’endoscopie digestive représente un volume important d’actes dans les pays occidentaux et notamment en France [2,5 millions en 2018, (7)]. Plusieurs études se sont intéressées à l’empreinte carbone de l’endoscopie essentiellement en évaluant le volume et le type des déchets en endoscopie ou l’énergie nécessaire à la réalisation d’une endoscopie (13-14).
Depuis quelques années les pouvoirs publics encouragent en France le développement de politique de développement durable au sein des établissements de santé. La loi Grenelle II 2010 (décret de juillet 2022) impose la réalisation d’un bilan carbone tous les 3 à 4 ans pour les entreprises de plus de 250 salariés dans le public et 500 salariés dans le privé (8). Les établissements de soins sont également soumis au décret n° 2016-288 dit « décret des 5 flux » qui prévoit une collecte différenciée pour le tri des papiers, métaux, plastiques, verres et bois (9). Enfin le critère 3.6-04 de la certification HAS v2020 recommande que l’établissement contribue aux enjeux du développement durable en améliorant l’efficacité énergétique et le recours aux énergies renouvelables, en mesurant et réduisant les émissions de gaz à effets de serre, en préservant la ressource en eau, en développant la mobilité durable, en triant les déchets.
La communauté gastroentérologique se mobilise aussi : la commission écolo-endoscopie de la SFED a été créée en 2021 et les sociétés savantes d’endoscopies américaines, européennes et britanniques ont publié en 2022 des recommandations pour une endoscopie digestive plus écoresponsable (10-12).
L’empreinte carbone d’une endoscopie a été estimée à environ 4,8 kg CO2e par procédure endoscopique, les études se limitant jusqu’ici aux déchets et à l’énergie (13-14).
Ce constat a motivé la réalisation d’une étude à Strasbourg au sein d’un centre ambulatoire dédié à l’endoscopie. Ce centre réalise environ 8 000 actes endoscopiques par an (gastroscopie, coloscopie diagnostique et thérapeutique, écho-endoscopie diagnostique dont biopsies), dans 90 % des cas avec anesthésie générale.
Pour 2021 le bilan carbone du centre a été réalisé avec l’aide d’un cabinet d’experts en stratégie bas carbone (Alternative Carbone). Ce bilan carbone a été réalisé selon la méthodologie de l’ADEME (15). Il tient compte des émissions directes liées à la production des produits ou services de l’entreprise (scope 1), des émissions indirectes liées à l’énergie (scope 2), des émissions indirectes en amont ou en aval de la chaîne de valeur de l’entreprise-déplacements des usagers et professionnels, achats de produits et services, transport ou gestion des déchets (scope 3). Le calcul des émissions en tonne CO2e repose sur la multiplication de ces données d’activité par des facteurs d’émissions correspondants.
Les résultats (figure 2) publiés dans Endoscopy en 2023 (16) montrent que l’empreinte carbone du centre a été de 241 tonnes de CO2e ; rapportée à l’activité annuelle, cela a permis d’estimer l’empreinte carbone d’une endoscopie digestive ambulatoire à 28,4 kg CO2e soit 6 fois plus que ce qui avait été estimé jusqu’alors.

Figure 2 : Empreinte carbone d’une endoscopie digestive ambulatoire
et ses principaux postes d’émission (réf. 16)
De plus, cette étude a permis de mettre en évidence le poids respectif de chaque poste d’émission qui est par ordre décroissant le transport des patients et du personnel (45 %), la fabrication des équipements endoscopiques et informatiques du centre (32 %), l’énergie (12 %), les consommables (7 %), les déchets (3 %), le frêt (0,4 %) et les gaz médicaux (0,005 %).
Une des limites de cette étude est l’estimation indirecte de l’empreinte des équipements médicaux à partir de leur coût, les analyses de cycle de vie des endoscopes et des principaux équipements médicaux étant actuellement non disponibles. La taille modeste du centre générant une consommation moindre d’énergie et la prise en compte du frêt uniquement dans sa partie européenne depuis le port de Rotterdam pour les consommables sont les autres principales limites.
Ces résultats permettent de prioriser les actions à entreprendre pour limiter l’empreinte carbone de l’endoscopie.
Il faut d’abord insister sur la nécessité de faire évoluer nos modes de transport, notamment en ce qui concerne les professionnels. Les modes de transport actif améliorent la santé des individus (23), diminuent les rejets de gaz à effets de serre. Favoriser la marche, le vélo, les transports en commun pour les déplacements domicile-travail, le train si possible pour les congrès sont des priorités.
Il paraît pour l’instant plus difficile de changer les modes de transport de patients venant pour un acte avec anesthésie. Cependant, en tant que médecin, la connaissance du concept de co-bénéfices santé-environnement peut être un levier intéressant pour améliorer la santé des individus. Promouvoir au quotidien les déplacements actifs (marche, vélo, transports en commun) améliore la santé des individus (diminution des maladies cardiovasculaires, des cancers et du diabète ainsi que de la mortalité globale) et diminue les émissions de CO2 ainsi que les polluants de l’air (24). La téléconsultation peut également contribuer à limiter l’empreinte carbone notamment pour les consultations où l’examen physique n’est pas indispensable (17).
Le matériel d’endoscopie et l’informatique représentent le 2e poste d’émission d’une endoscopie. Actuellement nous ne disposons pas de données précises sur l’analyse de cycle de vie des endoscopes, ce qui ne permet pas de comparer différents dispositifs entre eux. Précisons tout de même que les endoscopes jetables semblent une fausse bonne idée écologique (18-19), puisqu’ils ont une empreinte carbone nettement supérieure aux endoscopes réutilisables. De façon générale, on peut conseiller de favoriser l’ambulatoire, d’optimiser l’organisation des endoscopies sur un minimum de salles ainsi que d’optimiser la rotation des endoscopes lavés (économisation des cycles de lavage donc de l’eau et de l’énergie). Une politique responsable en termes d’achats de matériel d’endoscopie et de rationalisation de son utilisation doit être une priorité pour les établissements. L’utilisation raisonnée et optimisée de l’outil informatique (notamment des mails et comptes rendus) est à privilégier, le numérique représentant 2,5 % de l’empreinte carbone nationale.
Les établissements peuvent aussi économiser l’énergie par différents investissements tels que favoriser la lumière du jour, les LED, l’isolation, les panneaux solaires.
Les tenues de bloc réutilisables, les calots réutilisables et les sabots lavables sont recommandés par la SFAR (19-21), les tenues réutilisables ayant un impact environnemental bien moindre que les tenues jetables qui devraient être abandonnées.
À l’échelon de l’équipe d’endoscopie (aide-soignant, infirmière, médecin) la gestion des déchets peut être améliorée. Les règles de tri des déchets sont souvent mal connues (article R.1335-1 du Code de la santé publique). Les Déchets d’Activité de Soins à Risque Infectieux ne doivent représenter qu’une petite partie des déchets en endoscopie (objets piquants-coupants-tranchants ou objets présentant un risque infectieux). Le recyclage des emballages papier-carton-plastique est à mettre en route dans chaque bloc opératoire en coordination avec la direction de l’établissement. Les dernières recommandations SFED/SFHH sur l’eau préconisent l’utilisation en routine d’eau bactériologiquement maîtrisée (22). L’eau bactériologiquement maitrisée doit remplacer l’eau stérile qui n’est pas utile en endoscopie et génère des déchets plastiques importants sans parler de son transport. Pour économiser l’eau en endoscopie des innovations techniques (par exemple le système Aqua Typhoon de Pentax en cours d’évaluation ou le système Neptune S de Stryker pour les biodéchets) permettront aussi de limiter les ressources en eau consommée.
Pour le consommable, on peut recommander l’utilisation de petits matériels réutilisables chaque fois que possible tels cale-dents, plaques de bistouri, clips rechargeables, capuchons-bougies, cupules pour les tests d’aspiration, pistons des endoscopes (Foire aux questions 3 Endoscope DGOS Novembre 2023).
Enfin cette écoresponsabilité est à partager avec nos partenaires industriels : diminuer les emballages, améliorer la qualité des informations écologiques (type de matériaux et provenance ou mieux, analyses de cycles de vie) sur le matériel que nous utilisons, réinvestir dans le développement du réutilisable ou de produits plus écoresponsables qui sont plébiscités par les professionnels (enquête d’opinion 2022 auprès des professionnels SFED).
Les dernières recommandations de nos sociétés savantes intègrent l’éco-responsabilité : la réduction des endoscopies « inutiles » passe par le développement des tests non invasifs type calprotectine pour le suivi des MICI, du test immunologique pour la surveillance post polypectomie notamment, de la combinaison de l’élasticité hépatique et du taux de plaquettes pour le dépistage des varices œsophagiennes.
Le rapport du GIEC estime qu’il faut réduire les émissions de 33 % d’ici 2030, pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C. Comme nous l’avons vu l’endoscopie digestive représente une des 3 principales empreintes carbone du secteur de la santé. Depuis quelques années les gastroentérologues et les sociétés savantes ont intégré la nécessité d’évoluer vers des modes de pratiques plus durables. Chacun peut à son rythme modifier ses pratiques en faisant évoluer tel ou tel élément selon son mode et lieu d’exercice.
Toute reproduction ou réécriture, totale ou partielle, sans l’accord préalable écrit de la FMC HGE est interdite.
FMC HGE : Organisme certifié Qualiopi pour la catégorie ACTIONS DE FORMATION.